Un important site de lithium a été découvert en Alsace

Un important site de lithium a été découvert en Alsace

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Les sociétés Electricité de Strasbourg (ES), filiale d’EDF, et Fonroche Géothermie ont confirmé vendredi 8 novembre la présence de lithium à un niveau significatif (environ 200 mg/litre) dans l’eau chaude profonde de plusieurs sites en Alsace qu’elles explorent en vue d’y construire des centrales de géothermie profonde.

30 % à 40 % de la demande industrielle française en lithium

Dans le cadre du projet de Fonroche Géothermie à Vendenheim (Bas-Rhin), « les analyses dans les eaux extraites des puits de forage confirment la présence de lithium en qualité et quantité très prometteuse permettant d’envisager la production annuelle de quelque 1 500 tonnes de lithium », a indiqué la société de Vendenheim, près de Strasbourg. Depuis 2011, elle y récupère de l’eau naturellement chaude à 150 °C, entre 3 000 et 6 000 m de profondeur.

Ce volume représente 10 % des besoins annuels d’approvisionnement estimés pour la France dans les prochaines années, a poursuivi Fonroche Géothermie. « Sur la base de trois « centrales » programmées en Alsace, Fonroche Géothermie pourrait donc fournir 30 % à 40 % de l’ensemble de la demande industrielle française en lithium à partir de 2023 », conclut le communiqué de presse.

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Electricité de Strasbourg a également identifié un potentiel de 1 500 tonnes par an sur ses sites d’études de centrales géothermiques à plusieurs milliers de mètres de profondeur en Alsace, a indiqué sa direction.

Un métal stratégique pour les piles et batteries, mais pas seulement

Blanc quand il est sous forme de chlorure de lithium (LiCl), gris et mou quand il est pur, ce métal est l’atome solide le plus léger du tableau des éléments chimiques de Mendeleev. Très réactif avec l’air et l’eau, il n’existe pas à l’état natif dans la nature, mais uniquement sous forme de composés ioniques dans des roches, des argiles, des saumures (salar) et, comme en Alsace, solubilisé dans les eaux chaudes profondes.

L’Europe des batteries bute sur les matières premières

Le lithium sert à la fabrication des piles et batteries (31 % de la production), notamment celles des véhicules électriques. Mais il sert également pour réaliser des verres et des céramiques (35 %), pour les graisses lubrifiantes (8 %), ainsi que pour créer des matériaux en métallurgie, caoutchoucs, thermoplastiques, aluminium, ainsi qu’en la chimie fine pour la pharmacie. Actuellement, sa production et ses réserves se concentrent en Amérique du Sud (35 % en Bolivie, 28 % au Chili, 10 % en Argentine), 10 % en Chine et 7 % en Australie et quelques autres pays.

Une industrialisation possible mais pas encore assurée

Selon Bernard Kempf, directeur du développement chez ES, on pourrait accéder à une production à échelle « industrielle en 2025 ». « Notre devoir est de rester prudents, le chemin est encore long », a-t-il toutefois tempéré.

Selon ES et Fonroche, la technique d’extraction en Alsace se pratique au niveau des failles préexistantes dans la roche, ne nécessitant aucune fracturation hydraulique, et fermé ne communiquant pas avec les nappes phréatiques. Elle aurait donc un « très faible impact environnemental » et permettrait de produire un « lithium propre ».

Des réactions variées

« Avec dix centrales comme celles qui sont en exploitation en Asie du Nord, on couvrirait des besoins français en lithium », a estimé Jean-Jacques Graff, président de l’Association française des professionnels de la géothermie, sur Europe 1.

« C’est une bonne nouvelle mais je n’y crois pas totalement », nuance Philippe Chalmin, économiste des matières premières et professeur d’histoire économique à l’Université Paris-Dauphine, toujours sur Europe 1 : « Est-ce que dans 20 ans, le lithium-ion ne sera pas remplacé pat l’hydrogène dans les batteries ? »

En revanche, « je suis un peu étonné qu’on en ait trouvé en France, car on a surtout en tête les immenses lacs salés, les salars, de Bolivie ou du Chili, » estime Jean-Marie Tarascon, professeur de chimie au Collège de France, président du Réseau national sur le stockage électrochimique de l’énergie, spécialiste de la batterie lithium-ion. « Cela pourrait galvaniser la recherche et le développement sur ce type de batterie en France », se réjouit-il.

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