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Thomas Piketty : « Tous les discours décrivant les inégalités comme inévitables sont battus en brèche par l’histoire »

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Dans son nouvel ouvrage, « Capital et idéologie », l’économiste français retrace une ambitieuse histoire mondiale des inégalités, tout en proposant des pistes pour les combattre.

Propos recueillis par Marie Charrel Publié aujourd’hui à 06h00, mis à jour à 07h20

Temps de Lecture 11 min.

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« J’ai voulu répondre à ces insuffisances en développant une problématique plus mondiale et en mettant la question des idéologies au cœur de la réflexion » (Thomas Piketty, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Ecole d’économie de Paris)

« J’ai voulu répondre à ces insuffisances en développant une problématique plus mondiale et en mettant la question des idéologies au cœur de la réflexion » (Thomas Piketty, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Ecole d’économie de Paris) JOEL SAGET / AFP

L’ambition est grande : retracer, en plus de 1 200 pages, l’histoire mondiale des inégalités, tout en démontant les grands récits qui, à toutes les époques, ont justifié celles-ci. Dans son nouvel ouvrage, Capital et idéologie, publié le 12 septembre au Seuil (25 euros), l’économiste Thomas Piketty poursuit sa réflexion sur l’interaction entre justice sociale, fiscalité et idéologie. Il l’élargit ici à l’Inde et aux anciennes colonies. Et s’attache à démontrer qu’il est possible de transformer les régimes politiques aux Etats-Unis comme en Europe pour les rendre plus égalitaires.

Votre précédent ouvrage, Le Capital au XXIe siècle (Seuil, 2013), a été traduit dans quarante langues et vendu à 2,5 millions d’exemplaires. Pourquoi ce nouveau livre ?

Après la parution du précédent ouvrage, j’ai voyagé énormément en Asie, en Amérique du Sud et en Afrique. J’ai rencontré beaucoup de lecteurs, d’étudiants, de chercheurs, de journalistes, qui m’ont aidé en mettant la pression sur les administrations pour obtenir de nouvelles données, notamment en Inde et au Brésil.

Surtout, ces voyages m’ont beaucoup appris sur d’autres parties du monde, trop absentes du Capital au XXIe siècle, qui était très centré sur l’Occident. J’ai voulu répondre à ces insuffisances en développant une problématique plus mondiale et en mettant la question des idéologies au cœur de la réflexion.

Vous démontrez qu’il existe toujours d’autres options politiques et fiscales que celles choisies par les gouvernements, plus efficaces pour réduire les inégalités. Or, bien souvent, ces options sont jugées impossibles par le consensus. Pourquoi ?

Tous les discours décrivant les inégalités comme naturelles, intangibles, inévitables car liées à l’économie ou aux technologies, sont battus en brèche par l’histoire.

Les inégalités sont politiques et idéologiques : il existe toujours des façons alternatives d’organiser la société, la propriété, l’éducation, les impôts, déjà expérimentées dans le passé, dans différents pays. La difficulté est que les discours justifiant les inégalités, subtils, s’appuient toujours sur un fond plausible et un certain idéal.

Comme le besoin de stabilité ?

Exactement. La société trifonctionnelle de l’Ancien Régime reposait, par exemple, sur un idéal d’équilibre, où l’ordre intellectuel de la classe cléricale contrebalançait l’ordre de la force exercé par la noblesse guerrière. Certes, le troisième groupe, le tiers état, était dominé, mais l’ensemble se voulait stable et équilibré.

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