Taxe Gafa : «Rakuten France ne la répercutera pas en 2019»

Taxe Gafa : «Rakuten France ne la répercutera pas en 2019»

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Rakuten France est concerné par la nouvelle taxe Gafa votée cet été et qui s’appliquera à une trentaine d’acteurs du numérique comme Google, Facebook, Alibaba, Le Bon Coin, mais à laquelle devrait échapper Cdiscount ou Fnac-Darty. Le PDG de la filiale française du groupe japonais, Fabien Versavau nous affirme que ses tarifs n’augmenteront pas en 2019.

Une décision contraire à celle d’Amazon, qui a choisi de faire porter le poids de ce nouvel impôt sur ses vendeurs , provoquant tollé. Fabien Versavau n’en considère pas moins cette taxe comme « injuste », estimant par ailleurs qu’elle nuit à l’attractivité de la France.

Amazon vient d’annoncer qu’il allait répercuter la taxe Gafa sur ses vendeurs en France. Que va faire Rakuten ?

FABIEN VERSAVAU. Rakuten ne prendra aucune décision de ce genre en 2019. Nous avons d’abord besoin d’évaluer l’impact précis de la taxe Gafa sur notre entreprise. Or ce n’est pas possible pour l’instant car de nombreuses zones de flou demeurent sur ses modalités d’application ou encore le périmètre de cette taxe.

Cela signifie qu’en 2020, vous pourriez prendre la même décision qu’Amazon ?

Je suis incapable de me prononcer pour l’instant. Nous attendons de voir les évolutions réglementaires. Mais une chose est certaine, cette taxe va affecter la rentabilité de Rakuten en France.

Sur le principe, considérez-vous cette taxe Gafa comme légitime ?

Non, et d’ailleurs nous n’avons eu de cesse de le répéter aux ministres français de l’Économie et des Finances, ainsi qu’aux Parlementaires des commissions des affaires économiques. Cette taxe Gafa est injuste !

Pourquoi ?

D’abord, elle crée des distorsions de concurrence entre des sociétés françaises et des sociétés étrangères. Ensuite, elle touche une vingtaine d’autres entreprises que les Gafa et qui n’ont pas forcément leurs pratiques. J’insiste là-dessus : d’une façon générale, le modèle des plateformes numériques délivre une contribution positive à l’économie française. Et dans le cas de Rakuten en particulier, l’optimisation fiscale est extrêmement éloignée de nos valeurs comme de nos pratiques.

Vous considérez donc que Rakuten paye son « juste impôt » en France ?

Je dis simplement que tous les groupes aujourd’hui concernés par la taxe Gafa ne se trouvent pas dans la même situation. Pour ne parler que de Rakuten, nous disposons de ce qu’on appelle un « établissement stable en France » (NDLR : un point décisif pour le fisc tricolore en matière de taxation des entreprises). L’ensemble de nos flux font par ailleurs l’objet d’une facturation depuis la société Rakuten France, donc nous acquittons la TVA. Et nous payons des cotisations sociales pour tous nos salariés dans l’Hexagone.

Combien la taxe Gafa va-t-elle coûter à votre entreprise ?

Le groupe Rakuten est côté à la Bourse de Tokyo, qui impose un encadrement très strict sur la publication de nos chiffres. Je n’ai donc pas le droit de vous répondre.

La taxe Gafa doit-elle être supprimée ?

Notre position n’est pas du tout de dire qu’il ne faut rien faire face à l’évitement fiscal des géants du numérique. Mais nous aurions préféré une taxe modulable capable de prendre en compte les éléments de rentabilité des entreprises. J’espère que les décisions qui seront prises lors du prochain G7 (NDLR : à Biarritz, fin août) puis à l’OCDE entendront ces arguments, que nous envisageons de porter avec d’autres plateformes à la fin de l’été. En attendant, cette taxe Gafa n’est pas du tout un bon signal envoyé aux groupes internationaux qui projettent d’investir en France.

Le Parisien – Économie

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