Retraites : le gouvernement se donne du temps

Retraites : le gouvernement se donne du temps

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Pas de coups de menton ni de promesses de bras de fer. Le premier ministre Édouard Philippe s’est montré tout miel jeudi 12 septembre au moment de présenter le calendrier et la méthode de la réforme des retraites devant le conseil économique, social et environnemental. L’acte I du quinquennat, avec ses réformes du code du travail menées au pas de charge, c’est fini. Bienvenue dans l’acte II, qui selon Édouard Philippe sera marqué par « plus d’écoute et plus de dialogue avec les corps intermédiaires ».

Donc, le gouvernement assume de prendre son temps sur la réforme des retraites, sujet « qui passionne les Français autant qu’il les inquiète », a rappelé Édouard Philippe. Certes, le projet de loi qui posera les fondations du nouveau système – par répartition, universel et à points – devra être adopté d’ici à la fin de la session parlementaire de l’été.

Mais la transition se fera en douceur. Édouard Philippe a rappelé que seules les personnes nées « après 1963 » seront concernées par les premiers effets de la réforme, qui ne concerne donc ni les retraités actuels ni les actifs proches de la retraite.

Réforme des retraites, tous privilégiés, tous perdants ?

Une transition en douceur

Surtout, la transition des 42 régimes actuels vers le système universel se fera en douceur. « Les discussions avec les partenaires sociaux la semaine dernière ont montré que pour certaines professions, l’application pure et simple du nouveau système conduirait à des effets de seuil considérables, parfois à de véritables injustices individuelles, a reconnu Edouard Philippe. On ne va pas le nier, c’est vrai. mais il y a des solutions. »

Le premier ministre se dit donc prêt à ménager des transitions plus longues pour des sujets aussi épineux que celui du taux de cotisation des indépendants, de l’âge de départ minimal à la retraite des catégories actives ou du système de rémunération des enseignants qui devra être entièrement revu pour éviter que ces derniers, déjà « moins bien payés que leurs homologues européens, ne soient demain moins bien traités à la retraite ».

« Nous prendrons le temps qu’il faut pour construire ces solutions avec les organisations syndicales et professionnelles », a-t-il assuré, annonçant que les négociations avec les syndicats et les différentes professions allaient reprendre dès la semaine prochaine sous la houlette du haut-commissaire Jean-Paul Delevoye désormais au gouvernement.

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Le retour à l’équilibre en 2025

Reste que la réforme conduira bel et bien « à la disparition des régimes spéciaux », a rappelé Edouard Philippe. Le premier ministre a par ailleurs confirmé que le projet de loi devra définir les conditions du retour à l’équilibre du régime de retraite en 2025, au moment de la bascule dans le nouveau régime.

Un point de crispation pour les syndicats, et notamment pour la CFDT qui n’est pas hostile au principe même de la création d’un système universel, contrairement à FO ou à la CGT. En revanche, la centrale de Laurent Berger craint que tout effort demandé aux Français avant 2025 – en allongeant notamment la durée de cotisation – ne vienne brouiller le message.

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Pour purger le débat sur la situation financière du système de retraite, Edouard Philippe a annoncé jeudi 12 septembre vouloir saisir le conseil d’orientation des retraites (COR). « Je vais lui demander de nous dire d’ici au mois de novembre quelle sera selon lui la situation financière de notre système de retraites durant la prochaine décennie, a annoncé le premier ministre. Et je lui demanderai quelle devrait être l’ampleur des mesures qu’il faudrait, selon lui prendre pour en garantir l’équilibre en 2025 ».

Quel indicateur ?

Encore faudra-t-il se mettre d’accord sur le bon indicateur. Le premier ministre évoque en effet « l’équilibre » du régime, soit schématiquement le solde entre les ressources et les dépenses du système de retraite. Or, pour le conseil d’orientation des retraites, cet indicateur est à prendre avec beaucoup des pincettes : en effet, ce solde a tendance à se dégrader quand le nombre de fonctionnaires – et donc les cotisations de l’État employeur – baisse !

Le conseil d’orientation des retraites considère pour sa part que le bon indicateur est le poids des dépenses de retraite dans le PIB, situé aujourd’hui à 14 %, car il mesure les efforts que fournissent les actifs en faveur des retraités.

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L’expertise du COR

Créé en 2000, le conseil d’orientation des retraites (COR) est une instance indépendante et pluraliste d’expertise et de concertation, chargée d’analyser et de suivre les perspectives à moyen et long terme du système de retraite français.

Composé de parlementaires, de représentants des organisations professionnelles et syndicales, des retraités et des familles, de membres de l’administration et d’experts, il est placé auprès du premier ministre. Il est présidé par Pierre-Louis Bras, inspecteur général des affaires sociales (IGAS).

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