Réforme des retraites : les jours passent et c’est toujours l’impasse

Réforme des retraites : les jours passent et c’est toujours l’impasse

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Trente-sixième jour de grève contre la réforme des retraites et un constat : c’est l’impasse. Le triptyque semble insoluble. D’un côté, les opposants à la réforme – CGT, FO, CFE-CGC, FSU et Solidaires – refusent, philosophiquement, le principe même d’une réforme des retraites par points. De l’autre, les réformistes CFDT et Unsa sont prêts à compromis, à la condition que l’âge pivot de 64 ans soit abandonné. Enfin, l’exécutif, a fait de la réforme qui uniformise les 42 régimes actuels et de son équilibre financier, deux marqueurs non négociables de son action.

Bref, usagers du rail et des transports en commun, si vous espériez retrouver fissa une vie normale, il faudra encore attendre! Car ceux qui pariaient sur un essoufflement du mouvement, ne pourront pas ignorer qu’il y avait ce jeudi plus de 200 cortèges en France et une réelle combativité dans la rue.

Si la mobilisation est loin d’avoir été massive, elle n’a pas non plus connu de reflux. Selon le ministère de l’Intérieur, 452 000 personnes ont manifesté ce jeudi dans toute la France, dont 56 000 à Paris. Du côté syndical, on a comptabilisé 1,3 million dans tout le pays et 370 000 dans la capitale. Soit mieux que la manifestation interprofessionnelle du 10 décembre, mais moins bien que les trois autres.

« Si les partenaires sociaux trouvent une solution, on prend »

Pire, la mobilisation à la SNCF a même connu un regain d’énergie. Avec 32,9 % de grévistes au sein de la compagnie, cette journée de jeudi constitue le taux le plus élevé depuis la journée du 5 décembre (55,6 %) juste devant celle du 17 décembre (32,8 %). Quant à la RATP, les perturbations restent importantes.

À Matignon, on s’emploie à faire mentir le sentiment, prégnant, d’une situation au point mort. Comment trouver un accord avec les syndicats réformistes, tout en maintenant l’âge pivot à 64 ans? « Il y a la place pour un accord, à condition que chacun fasse un pas l’un vers l’autre », martèle l’entourage du Premier ministre, Édouard Philippe. C’est tout l’objet de la réunion sur la « conférence de financement » qui se tient ce vendredi à Matignon. Jusqu’à ce jeudi après-midi, plusieurs négociateurs syndicaux n’avaient toujours pas reçu l’invitation pour cette « conférence » qui se déroulera finalement sous forme de réunions bilatérales. Ce qui fait dire à l’un d’entre eux que « le gouvernement est encore loin d’un accord avec la CFDT. On ne va rien apprendre demain (vendredi). »

Des orientations se dessinent, toutefois. « C’est en partie une question de calendrier », souligne-t-on rue de Varenne. Car pour l’heure, « le gouvernement continue de penser que l’âge est une mesure juste et efficace », comme l’a dit Gérald Darmanin, missionné par le chef du gouvernement, dans les colonnes du Figaro. Mais, martèle-t-on au sommet de l’Etat, « si les partenaires sociaux trouvent une autre solution, on prend ». Savoir quel délai ils auront pour la trouver n’est donc pas sans enjeu. Une certitude, toutefois, l’objectif d’équilibre financier ne sera pas absent du projet de loi, comme le réclame Laurent Berger.

Pas de débat parlementaire sans deal avec la CFDT ?

D’ailleurs, le projet de loi qui sera présenté le 24 janvier en Conseil des ministres devait être envoyé au Conseil d’Etat et aux instances paritaires concernées par la réforme, principalement la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV), ce jeudi en fin de soirée. « Le sujet, ce n’est pas l’âge pivot, mais d’avoir un régime équilibré pour renouer la confiance entre les citoyens et leur système de retraites », martèle un conseiller de l’exécutif. Darmanin n’a pas été mandaté pour s’exprimer uniquement parce qu’il est notoirement proche du Premier ministre, mais aussi parce qu’il est ministre de l’Action et des Comptes publics. Un signe, doublé d’une déclaration : « En aucun cas, il n’est question de laisser à nos enfants le paiement de la dette. »

Reste à trouver, dans ce cadre, sur quoi toper avec les syndicats réformistes. « On ne peut pas démarrer le débat parlementaire sans deal avec la CFDT, sinon le débat s’infiltrera dans le groupe », souffle un dirigeant de la majorité, qui redoute les divisions et batailles d’amendements. En jeu, la cohésion de la majorité au sein de laquelle Laurent Berger dispose de solides relais. Une référence générale à des mesures d’âge, plus souple que l’inscription d’un âge pivot à 64 ans, saurait-il les amadouer? « Il y a une réflexion pour trouver une voie de passage qui préserve les uns et les autres », confirme un conseiller de l’exécutif. Dans ses déclarations publiques, Laurent Berger s’est largement avancé. Impossible de se renier pour celui qui, ce jeudi encore, martelait « si l’âge pivot reste dans la loi, pour la CFDT, c’est non, c’est clair ». « Je retire la mesure d’âge pivot doivent être les mots du Premier ministre », a renchéri son homologue de l’Unsa, Laurent Escure.

Ce jeudi, la manifestation parisienne s’est terminée par des tensions et des heurts. La crainte d’une radicalisation du conflit ne saurait être totalement ignorée, d’autant que, samedi, les opposants à la réforme ont lancé un nouvel appel à manifester aux quatre coins du pays. La réformiste CFDT, elle, a annoncé qu’elle serait ce jour-là mobilisée en région.

VIDÉO. Réforme des retraites : des tensions lors de la manifestation à Paris

Le Parisien – Économie

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