Réforme des retraites : ces grévistes de la RATP iront «jusqu’au retrait»

Réforme des retraites : ces grévistes de la RATP iront «jusqu’au retrait»

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Ils sont conducteurs de métros, syndiqués ou non, militants en première ligne ou dans l’ombre, mais ont tous pour point commun de faire grève depuis 38 jours maintenant, sans interruption, contre la réforme des retraites. Un mouvement historiquement long à la RATP, et que, face aux risques d’essoufflement, ces agents ont voulu mieux expliquer en décrivant leur quotidien de grévistes et de conducteur de métros loin de l’image de privilégiés qu’on leur accole parfois.

« Cette grève, on ne la fait pas pour nous, il faut bien le dire. La plupart d’entre nous ne sont pas concernés par la réforme (NDLR : plus de 70 % des conducteurs conserveront leur régime spécial actuel). On perd beaucoup, mais si on ne la fait pas, tout le monde va perdre beaucoup plus après », insiste Sammy, conducteur sur la ligne 5, gréviste et non syndiqué. Avec une quinzaine de collègues, ils ont improvisé une conférence de presse ce mardi. Une initiative inhabituelle pour ces travailleurs de l’ombre, sans étiquette syndicale, sans porte-parole rompu aux déclarations chocs dans les médias. Mais avec la volonté de marteler leur mot d’ordre : « Grève jusqu’au retrait. »

« On a des factures à payer, certains sont à découvert, les agios commencent à tomber », reconnaît Luc, conducteur sur la ligne 5. « Le combat est aussi physique. La journée type, c’est lever à 4 ou 5 heures du matin, on va sur les piquets de grève. Puis on tracte devant les écoles, sur les marchés. Et on retourne l’après-midi à la réouverture du métro. Il faut faire entendre ce que l’on a à dire », poursuit-il. « C’est dur, il ne faut pas se le cacher. On pensait que cela durerait dix jours. Mais maintenant on est déterminés, on ne peut plus s’arrêter », avoue Sammy.

Ambiance tendue et mines graves

Au lendemain de la grande manif organisée ce jeudi, les grévistes des lignes 5 et 7 ont rendez-vous pour leur traditionnelle assemblée générale. Tous les 3 jours environ depuis le 5 décembre, ils se réunissent dans ce parking souterrain un peu glauque de Bobigny (Seine-Saint-Denis), seul local dont ils bénéficient. Une petite centaine d’entre eux est rassemblée. L’ambiance est tendue, les mines graves.

La veille, lors de la manif, des collègues grévistes ont été placés en garde à vue. Une conductrice de métro, a, elle, été matraquée sans raison par des policiers. L’événement a remobilisé certains, mais pour d’autres, la lassitude pointe. « Il ne faut pas se faire d’illusion, le projet ne sera pas retiré. Il faut commencer à penser à nous et négocier avec la RATP », lance un agent de la régie.

Négocier, c’est notamment obtenir un étalement des jours de grève. « En 1995, se souvient Fabrice, on avait fait grève 21 jours, on avait obtenu un accord pour se faire retirer deux jours de paie par mois ensuite. » Rien de tout cela n’est prévu pour le moment, assure-t-on à la direction de la RATP.

Certains lâchent faute de finances

En attendant, tous les soutiens sont bienvenus. « On nous encourage beaucoup, on nous remercie », assure Luc. C’est un boulanger qui vient leur apporter des croissants, un agriculteur gilet jaune qui leur dépose du cidre et des pommes. Ou un prof d’un établissement voisin de La Courneuve venu à l’AG annoncer à ces « héros et héroïnes » qu’il se mettait lui aussi en grève illimitée.

Du bien au moral, mais pas vraiment aux finances. La question des caisses de grève revient souvent. « La redistribution est compliquée, confirme Luc. Il y a des milliers de caisses en fait. » Certaines petites pour payer le café. Pour les principales, il faut faire une demande en remplissant un dossier. Rien n’a encore été versé.

Rattrapés par cette réalité, certains lâchent le mouvement. Vendredi, sur les lignes 5 et 7, il n’y avait plus d’unanimité chez les conducteurs. L’AG a voté la reconduction de la grève jusqu’à ce lundi, moins deux voix contre et une poignée d’abstentions. Certains avouent continuer « par orgueil », beaucoup se disent écœurés par le « mépris » du gouvernement. Tous se retrouveront ce lundi matin pour une nouvelle AG dans le parking souterrain. Pour un 40e jour de grève.

Le Parisien – Économie

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