Privatisation de la Française des Jeux : les particuliers bien servis, mais...

Privatisation de la Française des Jeux : les particuliers bien servis, mais au prix fort

5
0
SHARE

Le prix initial sera fixé au niveau maximum, soit 19,90 euros par action, a annoncé Bruno Le Maire ce 20 novembre. Mais toutes les demandes ne seront pas satisfaites.

On pouvait s’y attendre, la privatisation de la Française des Jeux (FDJ), dont la souscription d’actions s’est achevée mardi soir à 20 heures, est un succès. 

Compte tenu de la forte demande par rapport au nombre d’actions vendues dans le cadre de l’offre à prix ouvert (OPO), le prix initial qui devait se situer dans une fourchette de 16,50 à 19,90 euros, sera finalement fixé au niveau maximum, soit 19,90 € par action, a annoncé le ministre de l’économie Bruno Le Maire. 

L’entreprise se trouverait ainsi valorisée à 3,8 milliards d’euros, soit près du double de son chiffre d’affaires, attendu cette année autour de 2 milliards, et près de vingt fois ses bénéfices, un niveau de valorisation plus élevé que la moyenne des sociétés cotées en Bourse. Selon nos informations, beaucoup d’intermédiaires, banques et courtiers en Bourse ont été débordés par un afflux de souscriptions pour les actions FDJ inconnu depuis des années à l’occasion d’une opération d’introduction en Bourse de ce type. 

Un nombre d’actions insuffisant

Résultat, le nombre d’actions proposé s’avère insuffisant pour satisfaire pleinement toutes les demandes. Les investisseurs et les particuliers ont demandé au total pour 11 milliards d’euros d’actions, soit un « succès spectaculaire », a salué le ministre, qui a précisé que 40% des titres seraient réservés aux particuliers. 

LIRE AUSSI >> Française des Jeux (FDJ) : un placement gagnant, mais pas sans risque 

« On a beaucoup d’appels et une très forte demande des clients pour cette opération, explique un opérateur de salle de marché du courtier en ligne Bourse Direct. Bien que nous ayons mis une interface de souscription en ligne dans laquelle il suffisait d’indiquer le montant souhaité pour souscrire en deux clics, il y a beaucoup d’appels car les cas particuliers sont nombreux ». C’est le cas par exemple pour les clubs d’investissement, ces comptes d’actionnaires en indivision n’ont pas la personnalité morale mais n’avaient pas accès aux ordres réservés aux personnes physiques. Ils devaient passer des ordres « B », comme s’il s’agissait d’investisseurs institutionnels, avec le risque que leur demande de titres soit réduite dans des proportions encore plus importantes que pour les ordres A des personnes physiques. 

Même réponse chez le courtier en ligne Fortuneo, qui a prévenu ses clients dès mercredi du risque de réduction du nombre d’actions attribuées par rapport à leurs demandes. 

40% des actions mises en vente réservées aux particuliers

Selon les modalités communiquées par la FDJ, dans l’éventualité où la demande totale des ordres A1 (réservés aux personnes physiques jusqu’à 5000 euros) représenterait plus de 90% du nombre définitif d’actions offertes dans le cadre de l’OPO (offre à prix ouvert), les ordres A1 pourraient être réduits, c’est-à-dire que les épargnants n’obtiendront qu’une proportion du montant demandé. 

Les modalités de réduction définitives pour chaque catégorie d’ordre ont été annoncées en fin d’après-midi dans un avis du marché Euronext Paris. 

LIRE AUSSI >> Privatisation de la FDJ : les buralistes grands gagnants de l’opération 

Au prix de 19,90 euros, les ordres prioritaires des particuliers et des buralistes représentaient un peu moins de 1,5 milliard d’euros, il fallait donc répartir ces demandes avec soin pour éviter une déception généralisée. 

Au total plus d’un demi-million d’épargnants avaient souscrit à l’opération, dont 483 775 particuliers ayant déposé un ordre A1, inférieur à 5 000 euros. Ces derniers sont servis à 100% jusqu’à 2000 euros, soit 102 actions au prix de 19,50 euros, tenant compte du rabais promis de 2% par rapport au prix officiel de 19,90 euros. Au-delà de 2000 euros, les ordres A1 sont servis à hauteur de 10%, soit environ 300 euros de plus pour les particuliers ayant demandé pour 5000 euros d’actions FDJ. 

Une cotation qui va décoller ? 

Les ordres A2, pour les particuliers au-delà de 5000 euros, et les ordres B, pour les personnes morales ou les clubs d’investissement, n’ont pas été servis du tout. Un peu privilégiés comme c’était prévu dans le projet de privatisation, les buralistes, sur lesquels s’appuie la FDJ pour vendre ses jeux, ont obtenu 100% des montants qu’ils demandaient dans la limite de 7500 euros par personne. 3727 buralistes ont ainsi acquis 704 623 actions FDJ, soit 189 actions en moyenne par buraliste. 

LIRE AUSSI >> La Française des Jeux est-elle radine? 

Victime de son succès, le titre devrait décoller lors des premières cotations dès jeudi matin (21 novembre), sous la pression d’acheteurs souhaitant compléter leur investissement. Les faibles montants obtenus risquent néanmoins d’entraîner des déceptions et des frais disproportionnés pour les clients ayant souscrit par leur agence bancaire, surtout pour ceux débutant en Bourse avec cette seule action en portefeuille. Selon la souplesse de leur intermédiaire, certains pourraient même revendre leurs actions FDJ dès demain sur Euronext, avant de les avoir payées, le règlement de l’opération n’intervenant que vendredi 22 novembre. 

« Voilà plusieurs mois que la Fédération des investisseurs et des clubs (F2iC) milite pour que ces privatisations soient un formidable outil de pédagogie, pour expliquer à nos concitoyens le rôle de la Bourse et indiquer que c’est un enjeu national que l’épargne des Français s’investisse dans nos entreprises, explique Charles-Henri d’Auvigny, président de cette association de petits porteurs. Mais le gouvernement n’en prend pas le chemin. Avec l’offre proposée, on s’apparente plus au casino ». 

LEXPRESS.fr – Rss Economie

LEAVE A REPLY