« Personne n’a trouvé la recette pour concilier sables bitumineux et environnement »

« Personne n’a trouvé la recette pour concilier sables bitumineux et environnement »

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Pertes & profits. En moins de vingt-quatre heures, l’industrie pétrolière a dû baisser pavillon deux fois : au Canada, Teck Resources a annoncé, dimanche 23 février, l’abandon de son colossal projet « Frontier » d’extraction de sables bitumieux. En Australie, le norvégien Equinor a renoncé, lundi, à forer en eau profonde au large des côtes sud après la campagne des défenseurs de l’environnent. Un prix du baril trop bas, l’essor de la voiture électrique, l’inquiétude croissante face au réchauffement climatique et les critiques d’actionnaires activistes ont peu à peu eu raison des programmes coûteux, risqués ou polluants, alors que les compagnies pétrolières ont réduit leurs dépenses d’exploration depuis la chute des cours de l’or noir, en 2014.

La situation politique est différente entre les deux pays. Scott Morrison, premier ministre australien, est un climatosceptique notoire, fervent soutien des puissants groupes miniers de son pays. Son homologue canadien, Justin Trudeau, endosse plus volontiers l’habit vert et il a annoncé un objectif « carbone neutre » en 2050. Le retrait de Teck Resources lui a évité un arbitrage difficile. Les deux dirigeants sont pourtant face au même dilemme : réduire leurs émissions de gaz à effet de serre sans se priver de ressources naturelles pourvoyeuses d’emplois et d’impôts.

Investissement divisé par deux

Mais les sables bitumineux canadiens sont plus menacés que le pétrole et le charbon australiens, malgré les récents incendies dans les Etats de Nouvelle-Galles du Sud et de Victoria imputés au réchauffement climatique. Trop énergivores, trop émetteurs de CO2, trop destructeurs des paysages, trop peu compétitifs par rapport au pétrole de schiste américain. Depuis 2014, où le baril valait 100 dollars, l’investissement dans le secteur a été divisé par deux et la plupart des projets pourtant autorisés ne sont pas développés faute de visibilité économique. Ces dernières années, de grandes compagnies comme Royal Dutch Shell, Total, ConocoPhillips, Marathon Oil et Equinor ont vendu leurs actifs, ou fortement réduit la voilure.

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« Frontier » avec ses 20 milliards de dollars (18,4 milliards d’euros) d’investissements illustre les menaces pesant sur le secteur. A l’étude dès 2011, quand le prix du baril était à 110 dollars, sa rentabilité reposait sur un prix de 95 dollars durant les quarante ans d’exploitation. Il ne retrouvera pas un tel niveau avant longtemps. « Le potentiel du Canada ne se réalisera pas tant que les gouvernements ne seront pas parvenus à une entente sur la manière de traiter les politiques climatiques dans un contexte d’exploitation responsable de l’énergie », écrit le PDG de Teck Resources, Don Lindsay, dans sa lettre adressée au gouvernement d’Ottawa. Personne n’a trouvé la recette pour concilier sables bitumineux et environnement. L’ère des grands projets de « tar sands » semble bien révolue.

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