Paris, capitale mondiale de l’e-sport pour un jour (et plus si affinités)

Paris, capitale mondiale de l’e-sport pour un jour (et plus si affinités)

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Paris tente de se positionner comme capitale de l’e-sport.

Paris tente de se positionner comme capitale de l’e-sport. LUDOVIC MARIN / AFP

C’est une fan-zone pas comme les autres. Ce dimanche 10 novembre sur le parvis de l’Hôtel de Ville à Paris, à partir de 13 heures, elle retransmettra en direct non pas la finale de l’Euro de football, des Mondiaux de basket-ball ou encore de la Coupe du monde féminine de foot, derniers événements majeurs organisés en France. Mais… une partie de jeu vidéo.

Pas n’importe laquelle : celle qui oppose l’équipe européenne de G2 Esports à la formation chinoise de FunPlus Phoenix, dans le match pour le titre de champion du monde 2019 de League of Legends, un jeu de conquête territoriale en cinq contre cinq sur ordinateurs. La précédente édition avait réuni près de 100 millions de téléspectateurs sur Internet, excusez du peu.

Lire : Si vous ne comprenez rien aux championnats du monde du jeu vidéo « League of Legends »

Enjeux économique, sportif et social

La Ville de Paris prend cet événement très au sérieux : elle a prévu pour l’occasion cinq jours d’animations en centre-ville, une conférence de presse internationale à la tour Eiffel, avant le lancement en fanfare de la finale à la AccorHotel Arena, à l’issue de laquelle le trophée sera remis dans un écrin Vuitton aux vainqueurs.

La Mairie de Paris a fait de l’e-sport un axe de développement stratégique, rappelait en 2018 au Monde l’adjoint chargé des sports, du tourisme et des Jeux olympiques, Jean-François Martins :

« Il y a une dimension économique : faire de l’e-sport une filiale dans laquelle la ville rayonne et crée des emplois. Mais aussi sportive, avec l’accueil des grandes équipes et des grands événements, afin de donner de l’attractivité à Paris. Et, enfin, sociale, avec l’utilisation de l’e-sport comme outil d’inclusion et d’éducation populaire dans nos arrondissements. »

Avec un objectif assumé : transformer la ville en capitale européenne de l’e-sport. « Capitale, c’est un bien grand mot, car il n’y a pas d’événement annuel à Paris, mais la finale des Mondiaux de League of Legends, ça pèse, c’est le plus grand événement d’e-sport mondial », applaudit Rémy Chanson, auteur du Guide de l’esport (Hors Collection, 2017).

La fan-zone du parvis de l’Hôtel de Ville, mercredi 6 novembre au lever du jour, prête à accueillir ses premiers visiteurs.

La fan-zone du parvis de l’Hôtel de Ville, mercredi 6 novembre au lever du jour, prête à accueillir ses premiers visiteurs. William Audureau / Le Monde

Une place à prendre en Europe

Vu de France, l’e-sport est encore un jeune phénomène, qui suscite énormément d’attentes, parfois un peu de bulle spéculative, mais est considéré comme stratégique pour communiquer auprès des moins de 30 ans.

En la matière, une ville fait figure de précurseuse : Séoul. C’est là qu’a été inaugurée en 2005 la toute première enceinte spécialisée au monde, le Yongsan e-Sports Stadium ; qu’une finale de tournoi électronique a rempli un stade de Coupe du monde de football en 2014 ; ou encore qu’a été construit le complexe esportif le plus sophistiqué, le Seoul OGN e-Sports Stadium, en 2016. Rivaliser avec la capitale coréenne semble mission impossible.

En revanche, en Europe, des places sont à prendre. Les deux plus anciens événements du Vieux Continent, The Gathering à Hamar, en Norvège, et la DreamHack de Jönkönpingen, en Suède, souffrent d’une image grisonnante et d’une desserte médiocre. Katowice, en Pologne, possède le stade européen le plus impressionnant, l’ovniesque Spodek Arena, mais la ville n’a pas une stature de capitale. Tandis que Berlin, ville hôte depuis 2018 de la « Champions League » de League of Legends, ne parvient plus à attirer les grandes finales, concurrencé par… Paris.

Le public français, un argument gagnant

Fort du rayonnement international de la ville, de ses capacités hôtelières exceptionnelles et de ses infrastructures aériennes, la capitale française a déjà hébergé plusieurs rendez-vous majeurs, dont les finales européennes de League of Legends en 2017 et la finale du principal tournoi mondial de mi-saison, au printemps 2018.

« C’est la quatrième fois en trois ans qu’on y retourne, c’est une place forte de l’e-sport, avec un pool important de joueurs, des fans passionnés et de nombreuses infrastructures qui lui ont donné l’avantage », justifie Guillaume Rambourg, président de l’antenne française de Riot Games, l’éditeur de League of Legends.

Pour obtenir son organisation, Paris a dû batailler âprement contre Berlin et Madrid, qui ont finalement accueilli le reste de la compétition. La décision s’est jouée à peu et en partie à la réputation d’ambianceur du public français. Celui-ci plaît beaucoup aux e-athlètes. « Les Français sont reconnus comme des gens qui font du bruit et, à Berlin comme ailleurs, on ne retrouve pas autant d’engouement », témoigne Djoko, joueur professionnel habitué des stades européens. Après des demi-finales enflammées à Madrid, Guillaume Rambourg pronostique « une compétition parallèle, une compétition vocale », dans laquelle il s’attend à voir les supporteurs tricolores exceller.

Un tissu associatif à améliorer

Mais gare à l’effet Cendrillon. Sitôt la finale achevée, quel attrait Paris conservera-t-il ? « Il est dans le top 3 européen, c’est sûr », estime déjà Charles Lapassat, dit Noi, commentateur sur la chaîne Internet Ogaming. « Et la dynamique est très positive, on voit de plus en plus d’entreprises qui y installent leurs bureaux. Webedia [géant français des médias liés au jeu vidéo], la Paris Games Week, les sièges des éditeurs… tous les gros acteurs et événements y sont. Ça avance très vite. »

De fait, Paris a multiplié les initiatives ces derniers mois. Elle a lancé, à l’automne dernier, Level 256, sa « maison de l’e-sport », un ambitieux incubateur à 1 million d’euros situé dans le 20e arrondissement. Au mois de mai, Eurodisney a accueilli le premier tournoi majeur de Dota 2 – principal concurrent de League of Legends – disputé hors de Chine. Et la Mairie de Paris réfléchit déjà à d’autres événements e-sportifs retentissants, comme un tournoi international de Fornite, le jeu au succès phénoménal, et une ambitieuse compétition autour des JO de 2024, si le Comité international olympique (CIO) y consent.

Par ailleurs, et à défaut d’équivalent électronique au Parc des Princes, la capitale possède déjà plusieurs équipes emblématiques en e-sport, comme la Team Vitality sur League of Legends, Paris Eternal pour le jeu de tir Overwatch ou PSG Esports pour le jeu de football motorisé Rocket League. Jean-François Martins s’attend par ailleurs à voir se développer tout un écosystème local :

« Les sports électroniques les plus matures se rapprochent des sports traditionnels, avec des ligues, des équipes ancrées dans une ville, des matchs à domicile et à l’extérieur. Les équipes vont se rapprocher de leurs fans, elles vont se relocaliser et, pour cela, Paris est une ville porteuse. »

Reste un point à améliorer : à ce jour, Paris est meilleur pour briller à l’international que pour faire vivre le tissu associatif. « Paris n’a pas trop favorisé l’e-sport local, contrairement à Poitiers ou Montpellier, constate Rémy Chanson. Ils se positionnent à l’international, c’est bien car cela fait une belle vitrine, mais moins bien pour les petites structures. » D’autant que Riot, l’éditeur de League of Legends, ne prévoit plus d’événements parisiens en fanfare à court ni à moyen terme : le numéro 1 de l’e-sport est désormais entré dans une phase de développement local avec le lancement en 2020 d’une ligue 2 et d’une ligue amatrice françaises. Ce sera la phase 2 du développement du sport électronique et, pour la capitale, l’épreuve de vérité.

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