Ligne Perpignan-Rungis : comprendre le flou autour de l’avenir du « train des primeurs »

Ligne Perpignan-Rungis : comprendre le flou autour de l’avenir du « train des primeurs »

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Un salarié de la SNCF vérifie le train de fret Perpignan-Rungis, en mai 2019.

Un salarié de la SNCF vérifie le train de fret Perpignan-Rungis, en mai 2019. RAYMOND ROIG / AFP

Que va devenir le train Perpignan-Rungis ? Une première réunion de pilotage s’est tenue au ministère des transports, mercredi 11 septembre, pour tenter de trouver une solution pérenne pour le train dit des primeurs. La ligne Perpignan-Rungis, dernière ligne de fret destinée au transport des fruits et légumes en France, a été suspendue à la mi-juillet, et doit normalement reprendre du service au 1er novembre.

1. Quel est le problème de la liaison Perpignan-Rungis ?

Depuis 1986, quelque 1 200 tonnes de produits primeurs étaient acheminées chaque jour de la saison haute – de novembre à juillet –, dans des wagons réfrigérés, depuis Perpignan jusqu’au marché international de Rungis (Val-de-Marne), qui se présente comme le plus grand marché du monde. Ces fruits et légumes viennent pour beaucoup d’Espagne ou du Maroc.

Le principal problème de cette ligne est la vétusté des wagons, vieux de quarante ans : les remplacer reviendrait à 20 ou 30 millions d’euros, un coût que personne ne veut assumer. A cela s’ajoute le fait que le train repartait quasi systématiquement à vide du marché de Rungis vers le Sud et que les clients privilégiaient de moins en moins cette solution ferroviaire.

Le contrat qui liait la SNCF aux deux exploitants des quais, les sociétés Rey et Roca, a pris fin le 30 juin. Le train de fret a été suspendu à la mi-juillet jusqu’au 1er novembre, mais sa possible disparition au profit du transport routier a suscité de vives critiques, notamment à gauche et chez les écologistes.

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2. Que disent les acteurs du dossier ?

D’un côté, il y a la SNCF, et sa filiale Fret SNCF, qui est propriétaire des wagons réfrigérés vieillissants, et qui n’est pas certaine, en les renouvelant, de pouvoir les rentabiliser, faute de contrats de long terme.

De l’autre, il y a les collectivités territoriales : les départements du Val-de-Marne, la région Ile-de-France et la région Occitanie. Tous veulent « sauver » la ligne, pour des raisons environnementales et pour conserver les emplois induits. La suppression du Perpignan-Rungis impliquerait des transferts par camion, engendrant d’importantes émissions polluantes et de gaz à effet de serre.

La présidente de la région Occitanie, Carole Delga, a parlé au printemps d’un « non-sens économique et écologique » et a ajouté que « sans ce Perpignan-Rungis, c’est quatre-vingts camions par jour qui seront envoyés sur les routes ». Une « décision absurde [et un] contresens écologique », a renchéri Valérie Pécresse à la tête de la région Ile-de-France.

Les syndicats se sont également mobilisés avec une pétition lancée dès le mois de mars par la CGT-Cheminots et le Parti communiste, et qui a recueilli des milliers de signatures en faveur du maintien de la ligne. Mettant en avant l’impact écologique et la menace pour « une centaine d’emplois », la pétition a participé à la médiatisation de cette affaire.

A Paris, le ministère des transports a assuré en mai, par la voix de sa ministre d’alors, Elisabeth Borne, vouloir « une solution ferroviaire pérenne » d’ici à la fin de l’année 2019. En juillet, devenue ministre de la transition écologique en remplacement de François De Rugy, Mme Borne a affirmé que « très clairement, ce train roulera (…) aussi longtemps qu’il y aura des marchandises à transporter ».

3. Quelles sont les solutions envisagées ?

« C’est donc officiel, la SNCF annonce son désengagement sur la liaison Perpignan-Rungis. L’opérateur public historique abandonne un train qui transporte chaque jour 1 200 tonnes de fruits et légumes frais. » Si ce message a été publié mercredi par le collectif Sauvons le train Perpignan-Rungis, dès le lendemain, le groupe SNCF y a répondu sur Twitter :

« NON ! SNCF ne se désengage pas. Toutes les parties prenantes étaient réunies [mercredi] à la recherche d’une solution. Il y aura d’autres réunions comme annoncé. »

Un démenti que le groupe a réitéré auprès du Monde. Ces déclarations contradictoires ont été formulées à la suite de la première réunion du comité de pilotage pour l’avenir du train, organisée par le ministère des transports à Paris. La SNCF, l’Etat, les collectivités locales et les entreprises transporteuses se retrouvaient pour fixer les modalités du redémarrage de la ligne.

Or, comme le rapporte Le Parisien, les intervenants de Fret SNCF ont bien annoncé « qu’ils ne seront plus opérateurs du train, y compris dans la solution transitoire à mettre en place pour le 1er novembre ». Présent à cette réunion, Jean-Luc Gibelin, vice-président de la région Occitanie, confirme aussi auprès du Monde que « la SNCF a dit clairement qu’elle ne serait plus l’opératrice de cette ligne et ne veut plus jouer son rôle ».

D’ici au mois de novembre, toutes les options sont envisageables, dont :

  • le transport combiné, qui permet de faire voyager des camions chargés sur des trains ;
  • la création d’une autoroute ferroviaire entre Barcelone, Perpignan et Rungis à « l’horizon 2022 ».

Une nouvelle réunion fixant les modalités précises du redémarrage de la ligne a été programmée au 23 septembre.

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