Libra : la France s’oppose au développement de la monnaie de Facebook « sur le sol européen »

Libra : la France s’oppose au développement de la monnaie de Facebook « sur le sol européen »

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Bruno Le Maire a fait part de son hostilité envers ce projet de cryptomonnaie, estimant que « la souveraineté monétaire des Etats est en jeu ».

Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui à 12h26

Temps de Lecture 2 min.

Le ministre des finances, Bruno Le Maire, a annoncé jeudi 12 septembre que la France refusait d’autoriser le développement « sur sol européen » du libra, la cryptomonnaie que Facebook veut lancer en 2020.

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« Désordres financiers considérables »

« La souveraineté monétaire des Etats est en jeu », a affirmé le ministre à l’ouverture d’une conférence de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) consacrée aux défis des cryptomonnaies – sans préciser cependant quelles mesures concrètes il souhaitait engager pour empêcher le déploiement du libra en Europe.

Lors de son discours, Bruno Lemaire a qualifié de « systémiques » les risques que pourrait entraîner cette « privatisation éventuelle d’une monnaie (…) détenue par un seul acteur qui a plus de 2 milliards d’utilisateurs sur la planète ». « Toute défaillance dans le fonctionnement de cette monnaie, dans la gestion de ses réserves, pourrait créer des désordres financiers considérables », a justifié M. Le Maire, redoutant également que le libra se substitue à la monnaie nationale dans les Etats où la devise est faible ou connaît une forte dévaluation.

Qui plus est, a ajouté le ministre, « je ne vois pas pourquoi nous portons autant d’attention depuis des années à éviter toute utilisation d’une monnaie pour le blanchiment et pour la lutte contre le financement du terrorisme, et qu’une monnaie numérique comme libra échapperait à ces obligations ». « Je veux le dire avec beaucoup de clarté : dans ces conditions, nous ne pouvons pas autoriser le développement de la libra sur le sol européen », a-t-il conclu.

Inquiétudes des Etats

Facebook avait annoncé en juin sa volonté de lancer la cryptomonnaie libra en 2020 – dont la gestion doit être assurée par une fondation rassemblant de multiples acteurs et entreprises, depuis la Suisse. L’entreprise n’a pas encore dévoilé tous les détails du projet, mais a déjà expliqué que les libras pourraient être achetés en ligne avec tout type de devise, mais aussi en liquide dans des points de vente physiques – il n’y aura pas besoin de compte en banque pour en posséder.

Facebook veut faciliter le transfert d’argent entre deux personnes par l’intermédiaire de cette monnaie, qui servira aussi à acheter des biens et des services. L’entreprise promet des transactions instantanées et peu coûteuses, et assure que la monnaie ne sera pas volatile, car elle s’adossera à une réserve de monnaies et de valeurs relativement stables, comme des dollars et des euros.

Ce projet a cependant déclenché nombre d’interrogations et d’inquiétudes, la puissance de frappe de Facebook étant inégalée – le réseau social compte plus de 2 milliards d’utilisateurs actifs, mais l’entreprise possède aussi les applications ultrapopulaires WhatsApp et Instagram. Les ministres des finances du G7 avaient, en juillet, annoncé leur intention d’« agir rapidement ». « Nous ne pouvons accepter qu’un instrument d’échange se mette en place alors qu’il ne respecte aucune des règles prudentielles que nous imposons à toutes les monnaies souveraines », avait alors déclaré M. Le Maire.

Son homologue américain, Steven Mnuchin, avait, de son côté, lancé un avertissement à l’entreprise américaine : « Le Trésor a de très grandes inquiétudes sur le libra, qui peut être mal utilisé pour blanchir de l’argent ou financer le terrorisme. »

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