Les agents immobiliers bousculés par les géants du numérique

Les agents immobiliers bousculés par les géants du numérique

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A Paris, en décembre 2017.

A Paris, en décembre 2017. LIONEL BONAVENTURE / AFP

Le monde de l’immobilier n’a jusqu’ici guère été perturbé par les nouvelles technologies. Il pourrait bientôt l’être, à en juger par l’affluence record au salon « Rent » – pour « Real Estate and New Tech » (groupe le Figaro) – qui s’est déroulé les mercredi 6 et jeudi 7 novembre, à Paris. Pour sa septième édition, « Rent » a d’abord doublé de surface, tout comme le nombre de ses exposants, passé de 200 à 400. Parmi eux, 20 fonds d’investissement et 107 start-up dans un secteur qui, sur les neuf premiers mois de 2019, a déjà levé 188 millions d’euros.

Les promoteurs sont les premiers à s’être emparé des innovations technologiques : le client peut désormais visualiser en 3D l’appartement qu’il achète sur plans, évaluer son ensoleillement et sa luminosité, opter pour des serrures connectées, ouvertes à distance grâce à une application sur son smartphone pour laisser entrer la baby-sitter ou le plombier…

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De nombreuses start-up ciblent les agents immobiliers pour améliorer la qualité de leur service. A l’image de Meero, qui, en proposant des prises de vues d’appartements à prix bradés, a industrialisé la retouche photo et « ubérisé » les photographes indépendants, ou Syllab, qui propose d’éditer automatiquement, en un clic, les textes des annonces, en évitant les fautes d’orthographe…

La révolution pourrait bien venir des sites d’annonces immobilières, l’or noir de ce secteur qui, lui, attire les mastodontes du Web

Toutes ces innovations sont certes utiles, mais pas vraiment « disruptives » – pour reprendre un terme en vogue dans l’univers des start-up. La révolution pourrait bien venir des sites d’annonces immobilières, l’or noir de ce secteur qui, lui, attire les mastodontes du Web.

Ainsi, Le Bon Coin, avec déjà 1 300 collaborateurs, entend bien accélérer sa conquête de l’immobilier. Le site vient coup sur coup d’acheter A Vendre A Louer et Locasun et affiche 1,3 million d’annonces immobilières, dont 50 000 de logements neufs. « 98 % des Français qui ont projet immobilier consultent Le Bon Coin et 70 % de manière exclusive, affirme Antoine Jouteau, PDG de cette filiale du groupe norvégien Adevinta. 85 % des professionnels utilisent notre site, où ils peuvent récupérer des mandats et ausculter la concurrence », soutient-il.

« Travailler avec les professionnels, non les remplacer »

Le groupe SeLoger, qui appartient à l’éditeur de presse allemand Axel Springer, multiplie lui aussi les acquisitions : Logic immo puis, récemment, MeilleursAgents, acheté 200 millions d’euros. « Nous voulons créer un champion européen et travailler avec les professionnels, non les remplacer », tempère Andreas Wiele, président d’Aviv, filiale de Springer, préférant alerter sur l’arrivée des GAFA. Facebook MarketPlace s’est déjà attaqué, en 2018, au secteur français de la location et Amazon s’y prépare.

Les agents immobiliers en place redoutent tout autant les agences dites hybrides, qui laissent au vendeur le soin d’assurer les visites du logement en contrepartie d’honoraires forfaitaires et modestes, bien au-dessous des commissions de 4 % à 5 % du prix de vente couramment pratiquées. Au Royaume-Uni, ces agences « low cost » ont déjà conquis 7 % du marché : en tête, la société Purplebricks dont Axel Springer détient, depuis juin 2019, 26,6 % du capital. D’où l’inquiétude des participants au salon Rent… En France, des jeunes pousses tentent de percer sur ce modèle, telle Proprioo, avec une commission de 1,99 % seulement.

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D’autres nouveaux venus court-circuitent complètement les agents immobiliers. Homeloop, inspiré de la société américaine Open Door, propose au vendeur de lui acheter rapidement, après expertise, son bien moyennant un rabais de 7 % sur le prix de marché, et se charge de le revendre. Cet intermédiaire concentré sur quelques grandes villes comme Paris ou Lille a déjà acquis, en 2019, une quarantaine d’appartements d’une valeur allant de 100 000 à 900 000 euros.

« Le vendeur sait ainsi sur quoi il peut compter, sans le risque que la vente capote, par exemple si son acquéreur n’obtient pas son financement, ce qui arrive fréquemment », observe Maxence de Moussac, chargé d’affaires chez Homeloop. Le principe est le même chez Vendezvotremaison.fr, avec un prisme plus rural et axé sur les terrains. « Tôt ou tard, les agents immobiliers français devront baisser leurs commissions », prédit un professionnel.

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