Le marché du porc en pleine ébullition

Le marché du porc en pleine ébullition

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La peste porcine africaine est un virus non transmissible à l’homme qui sévit brutalement. Entre l’apparition d’une fièvre hémorragique sur une bête et la mort de 90 % du troupeau, quelques jours suffisent. Apparue à l’été 2018 sur le sol chinois, l’épidémie touche désormais toutes les régions du pays et de nouveaux foyers émergent un peu partout en Asie du Sud Est. S’il est impossible pour l’heure de mesurer l’ampleur de l’épidémie, son impact bouleverse déjà le marché mondial du porc.

Les stocks de porc chinois s’effondrent

Officiellement, en Chine, la situation est maîtrisée. Dans les faits, c’est un peu plus compliqué : plus 1,1 million de bêtes ont été abattues à titre préventif et l’épidémie se répand comme une traînée de poudre. Plus de moitié de la production de viande de porc en Chine est issue d’élevages traditionnels, sans mesures sanitaires strictes.

La charcuterie veut se relancer

« La Chine produit normalement près de la moitié de l’offre mondiale de viande de porc. Aujourd’hui, elle pourrait perdre jusqu’à 50 % de son cheptel, estime Guillaume Roué, éleveurs de porcs et président d’Inaporc, l’interprofession porcine française. Aucun vaccin n’a été trouvé. Même si la recherche avance, aucun traitement ne pourra être mis en place avant cinq ans. » Pour contenir la maladie, les éleveurs chinois ont précipité l’abattage de leurs animaux. En a résulté dans un premier temps un afflux de viande sur le marché, mais les stocks s’épuisent et les importations s’accélèrent.

Un déséquilibre de l’offre et la demande

« Historiquement, le porc est la principale source de protéine du régime alimentaire chinois. Depuis quelques mois, la demande en provenance d’Asie tire les cours vers le haut et à l’heure où je vous parle, les prix sont à 1,7 € le kilo de carcasse, observe Guillaume Roué. C’est 30 % de plus qu’en mars. »

Entre janvier et mai, les exportations vers l’Asie ont augmenté de 15 % en France et de 25 % en Espagne. « C’est très intéressant pour nos éleveurs. La clientèle asiatique affectionne particulièrement les morceaux gras du cochon et les abats, peu consommés en Europe », insiste Elisa Husson, ingénieure au pôle économie de l’institut du porc (IFIP).

La marge brute des éleveurs français est en hausse de 47 % en juin par rapport à l’an dernier. Une embellie bienvenue après des mois difficiles. « Il y a encore quelques mois, on produisait à perte, reconnaît Guillaume Roué. Aujourd’hui, on colmate les problèmes de trésorerie. »

Les salaisonniers particulièrement touchés par la hausse des tarifs du porc

En France, la hausse des cours de la viande de porc ne s’est pas encore répercutée sur les prix aux consommateurs. « Plus on avance dans la filière, plus les prix sont lissés », explique Elisa Husson. Et cette situation exceptionnelle affecte en premier lieu les transformateurs en charcuterie. Les enseignes de la distribution refusent de relever le prix d’entrée en magasin des jambons, saucissons, pâtés, lardons… qu’ils avaient négociés avec leurs fournisseurs quelques jours avant l’envolée des prix.

« Ces contrats ont été signés sur la base de prix très bas et il était impossible d’anticiper cette hausse, souligne Bernard Vallat, le président de la Fédération des industriels charcutiers traiteurs. Face à l’ampleur de la crise, « un accord entre les salaisonniers et la grande distribution pourrait bientôt être trouvé, espère toutefois Guillaume Roué. Mais si on en arrivait à avoir moins de jambon dans les rayons des supermarchés, peut-être que les négociations iraient un peu plus vite. »

Une épée de Damoclès pour les éleveurs français

La situation est fragile. La peste porcine africaine est présente en Europe de l’Est depuis cinq ans. En septembre 2018, la découverte de sangliers contaminés en Belgique, à une dizaine de kilomètres de la frontière française a inquiété les professionnels de la filière. Depuis, le pays comptabilise 657 sangliers touchés par le virus.

Pour le moment « la France est indemne, a déclaré Didier Guillaume, le ministre de l’agriculture en mai dernier. (…) Nous avons construit une barrière de 112 kilomètres infranchissable et nous avons fait un vide sanitaire total ». Tous les sangliers présents dans cette zone située entre la Meuse et les Ardennes ont été tués et les promenades y ont été interdites. Les éleveurs le savent, si le virus se déclarait en France, sans même penser aux pertes animales causées par l’épidémie, l’exportation de viande serait limitée en Europe, et surtout interdite en Chine.

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La France, un producteur important

968 millions de cochons ont été élevés dans le monde en 2017, ce qui représente 113 millions de tonnes de viande de porc, selon les derniers chiffres de l’institut français du porc.

Premier producteur mondial avec 435 millions de porcs, la Chine a produit 53 millions de tonnes de viande en 2017.

L’Europe était à la tête d’un cheptel de 187 millions de porcs, soit 28 millions de tonnes de viande de porc.

Avec 14 000 exploitations, la France comptait 24 millions de porcs en 2018 et a produit 2,5 millions de tonnes de viande de porc. Elle en a exporté 700 000 tonnes, dont un tiers hors de l’Union européenne.

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