Le coup de colère des agriculteurs allemands

Le coup de colère des agriculteurs allemands

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Manifestation contre le projet de loi visant à restreindre l’utilisation d’engrais, à Seeon-Seebruck (Bavière), le 6 janvier.

Manifestation contre le projet de loi visant à restreindre l’utilisation d’engrais, à Seeon-Seebruck (Bavière), le 6 janvier. ANDREAS GEBERT / REUTERS

En Bavière, les festivités de l’Epiphanie ont été quelque peu bousculées cette année. Outre les processions traditionnelles d’enfants grimés en rois mages, des convois de tracteurs ont troublé la quiétude hivernale de la campagne préalpine et convergé, lundi 6 janvier, vers la commune de Seeon-Seebruck.

Dans cette bourgade proche de la frontière autrichienne, 2 000 agriculteurs ont manifesté bruyamment autour de l’abbaye de Seeon, où les dirigeants de la CSU (Union chrétienne-sociale, centre droit) participaient à leur conférence annuelle. Avec leur millier de tracteurs, les cultivateurs entendaient signifier à la classe politique locale leur opposition à un projet de loi visant à restreindre l’utilisation d’engrais. Le texte sera examiné au Bundesrat, la Chambre haute du Parlement fédéral, le 17 janvier.

« C’est une loi purement idéologique », maugrée Dirk Andresen, porte-parole du mouvement paysan Land schafft Verbindung (« La terre crée des liens »), dont la section régionale avait organisé le blocus de Seeon-Seebruck. Fondé en octobre 2019, ce collectif veut faire entendre le mécontentement de la classe paysanne sur la scène nationale. Pour M. Andresen, la protection de l’environnement est un objectif louable, mais la législation ne prend pas suffisamment en compte les réalités agricoles. « Le cadre légal imposé par les dirigeants politiques allemands n’a aucun fondement économique ou social », peste cet éleveur de porcs de la région de Flensbourg (Schleswig-Holstein, Nord).

Comme en Bavière lundi, l’Allemagne tout entière vit, depuis plusieurs mois, au rythme des manifestations organisées par « La terre crée des liens ». Le 22 octobre, des escadrons de tracteurs ont partiellement bloqué 17 villes du pays, dont Berlin, Munich ou Stuttgart. Un mois plus tard, le 26 novembre, les agriculteurs sont revenus en masse dans la capitale : avec leurs 8 600 engins, les 40 000 manifestants ont créé des scènes inhabituelles autour de la porte de Brandebourg. La mobilisation s’est poursuivie dans l’ensemble du pays, sans connaître de trêve pour les fêtes de fin d’année. A Berlin, le prochain convoi de tracteurs est prévu pour le 18 janvier.

Nouvelles mesures mal accueillies par la profession

Outre-Rhin, de tels coups de colère étaient pourtant rares jusqu’à présent. Mais les agriculteurs se sentent abandonnés par le gouvernement d’Angela Merkel, alors qu’ils sont sommés de respecter des exigences écologiques toujours plus strictes. En septembre 2019, Berlin a adopté de nouvelles mesures mal accueillies par la profession. Le « plan agriculture » prévoit la création d’un label national pour le bien-être des animaux d’élevage, des restrictions concernant l’usage des pesticides, mais aussi l’interdiction du glyphosate à partir de 2024.

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