La marine marchande met le cap sur un transport plus propre

La marine marchande met le cap sur un transport plus propre

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Armateurs et compagnies maritimes se préparaient de longue date au 1er janvier 2020, et à l’entrée en vigueur de mesures contraignantes. C’est désormais chose faite : les carburants des navires ne peuvent plus contenir que 0,5 % de soufre au maximum pour alimenter le moteur, contre 3,5 % auparavant. Une division par sept.

Le dioxyde de soufre, utilisé pour fluidifier le « fioul lourd », est responsable d’une partie des émissions de particules fines et des pluies acides. Limiter ses émissions « permet de réduire la pollution atmosphérique et d’offrir un environnement plus sain », explique l’Organisation maritime internationale (OMI), à l’origine du plan. Les bénéfices pour la santé toucheront surtout les populations côtières et proches des principales voies de navigation.

L’efficacité de cette mesure dépend de son application uniforme à l’échelle mondiale, rappelle la chambre internationale de la marine marchande (ICS), « parce que le transport maritime est intrinsèquement international. » Plus de 170 pays signataires, dont les États-Unis, doivent désormais se plier à la règle commune.

Le secteur au seuil d’une transformation profonde

La limitation des taux de soufre des carburants marins n’est qu’un prélude aux bouleversements à venir. « On confond souvent pollution toxique et enjeux climatiques », regrette François Chartier, chargé de campagne océans et pétrole à Greenpeace. Si le secteur s’est attaqué au soufre, pour des raisons sanitaires, la flotte maritime n’a plus d’autre choix que de prendre désormais en main ses émissions de dioxyde de carbone (CO2). Les navires transportent plus de 90 % du total des marchandises à un moment ou à un autre de leur cycle de vie, selon l’ONU. S’ils n’émettent pour l’instant que 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, le trafic va encore s’intensifier à l’avenir.

Ainsi, les règles adoptées en 2018 par l’OMI imposeront une baisse significative de leur empreinte carbone dans les prochaines années. L’objectif global est de réduire de 40 % les émissions de CO2 par tonne transportée d’ici à 2030 et de 50 % d’ici à 2040 (par rapport aux émissions de 2008). De plus, le « Green deal » de la nouvelle Commission européenne d’Ursula Von Der Leyen prévoit d’inclure le transport maritime dans le système d’échange de quotas de CO2.

Mais le secteur n’a pas encore trouvé de solution technique miracle. Le GNL, un carburant souvent qualifié de « propre » et de plus en plus privilégié pour limiter les émissions de soufre, rejette du dioxyde de carbone. Quant aux nouveaux systèmes de propulsion décarbonés (les biocarburants, la batterie électrique ou la pile à hydrogène) ils ne peuvent pas s’appliquer aux grands navires de commerce, en l’état des connaissances.

Investir dans la recherche

Pour y remédier, huit des principales associations internationales d’armateurs ont proposé un système coordonné de levée de fonds dédiés à la recherche. Deux dollars (1,79 euro) seraient prélevés sur chaque tonne de carburant consommée. Près de 500 millions d’euros par an se verraient ainsi consacrés à la recherche et au développement d’une nouvelle génération de navires « zéro carbone ».

La mesure de taxation sera soumise aux membres de l’OMI en avril prochain, en vue d’une mise en œuvre « d’ici à 2023 ».

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