La gauche défaite ?

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Arnaud Montebourg, Jean-Luc Mélenchon et Benoit Hamon sont tous trois des candidats de gauche de la gauche à l’élection présidentielle de 2017. Leurs démarches sont spécifiques puisque deux d’entre eux concourent à la primaire de la gauche dans le cadre de leur appartenance au parti socialiste tandis que le troisième se présente directement en représentant de son nouveau parti, la France insoumise.
Mais sur le fond, qu’est-ce qui les distinguent véritablement ? Ils sont tous les trois assez rétifs à la construction européenne telle qu’elle s’est opérée depuis une vingtaine d’années. C’est-à-dire qu’ils militent contre les traités qui gravent dans le marbre des politiques libérales que les peuples des différents pays, appelés à voter, ne peuvent plus remettre en cause, ce qui rétrécie le champ démocratique de chaque peuple. Ils sont tous les trois pour une politique de redistribution active envers les plus démunis afin de tordre le cou aux inégalités croissantes. Leurs programmes respectifs comportent à l’unisson un volet écologique centré sur le développement des énergies renouvelables et l’appui au développement d’une économie verte en France et dans le monde. Ils sont tous les trois pour que l’Europe et la France contrôlent mieux leurs frontières. Ils se rejoignent également sur une option économique plus protectionniste, refusant d’affronter à mains nues, le dumping social et environnemental pratiqué par certains pays ou l’optimisation fiscale de certaines multinationales. Ils font tous les trois preuves de préventions fortes par rapport à la politique des Etats-Unis, position qui risque de s’exacerber avec la prise de fonction de Donald Trump le 20 janvier 2017. Pour eux, le système politique de la cinquième république est usé et la réforme de nos institutions devient nécessaire afin de revitaliser notre démocratie, en la faisant plus participative, mieux représentative de toutes les sensibilités politiques qui s’expriment. Ils font tous deux de la laïcité un des piliers de la République. Ils sont progressistes sur le plan sociétal.
Sur l’essentiel, il apparaît bien difficile de les distinguer tant ils semblent appartenir à la même famille de pensée. Alors pourquoi ne pas s’unir, pourquoi vouloir se distinguer quant au final on représente les mêmes idées, les mêmes valeurs ? Surtout qu’engagés à trois sur le même segment politique, ils limitent leurs chances face à Manuel Valls.
A droite du parti socialiste, c’est-à-dire au centre gauche, c’est la candidature d’Emmanuel Macron qui parasite le système de la primaire à gauche. Emmanuel Valls, sur le même terrain, n’arrive pas à décoller. Vincent Peillon, de l’intérieur, l’affaiblit encore. Les ailes de la droite de la gauche sont ainsi coupées par un jeune candidat en marche vers un très beau score et surtout, qui n’a pas besoin de la primaire pour faire office de rampe de lancement.
Pour la gauche, c’est donc la machine à perdre qui s’est enclenchée. A l’inverse de la droite qui a su départager et trier parmi les poids lourds de son camp, la primaire de gauche laisse échapper de trop gros poissons, comme si les mailles du filet étaient bien trop grosses.
D’une mécanique- la primaire- propre à propulser un candidat vainqueur, on se dirige vers un scrutin à faible participation dégageant une majorité incertaine au second tour pour le candidat sélectionné.
Décidément, l’organisation d’une primaire à gauche n’est pas la martingale électorale escomptée.

Stéphane Madaule

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