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Jean-François Dufour : « Les Etats-Unis ont abandonné la prétention à réformer le modèle économique chinois »

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« Face à cette évolution, la naïveté du libre-échange ne pourra rester de mise. »

« Face à cette évolution, la naïveté du libre-échange ne pourra rester de mise. » Ingram / Photononstop

Tribune. L’administration Trump a engagé une guerre commerciale contre la Chine en 2018 avec pour objectif d’obtenir des réformes structurelles du modèle économique chinois. A l’arrivée, avec l’accord de « Phase 1 » entre Washington et Pékin, signé le 15 janvier 2020, c’est exactement l’inverse qui se produit : l’administration américaine prend acte d’un système chinois de commerce administré, pour en tirer profit.

L’inclusion dans cette démarche des produits manufacturés, en plus des biens agricoles et énergétiques, constitue la grande innovation de cet accord – et elle impactera les entreprises d’une Europe qui doit en tirer les conséquences. Le document de 96 pages (annexes comprises) signé par le président Donald Trump et le vice-premier ministre Liu He le 15 janvier, aborde dans ses premiers chapitres des questions structurelles – la protection de la propriété intellectuelle et les transferts de technologies. Mais il reste sur ce plan au niveau des affirmations de principes, renvoyant à plus tard d’éventuels mécanismes concrets d’application.

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L’accord rentre dans le concret, et dans des mesures à prendre à brève échéance, sur la question des services financiers. Sur ce point, malgré les apparences, les « concessions » faites par la Chine sont à son avantage.

Une innovation majeure

Les possibilités étendues pour les entreprises américaines de pénétrer le marché financier chinois – y compris avec l’établissement de sociétés de gestion d’actifs (Assets Management Corporations) chargées de racheter des créances douteuses – va dans le sens des objectifs chinois, qui cherchent à multiplier les sources de financement pour soulager un secteur bancaire national profondément déstabilisé par ces prêts non performants.

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Si les géants de la finance américains veulent racheter les « créances pourries » qui minent le système chinois, grand bien leur fasse dans la vision des autorités chinoises, qui font feu de tout bois pour maintenir la stabilité financière du pays.

Mais l’accord devient très concret – et chiffré, et donc soumis à contrôles –, et à l’avantage des Etats-Unis, sur la question du commerce bilatéral. Les 200 milliards de dollars (179,20 milliards d’euros) d’importations chinoises supplémentaires de biens et services américains sur deux ans, par rapport à leur niveau de 2017, sont le grand élément concret de cet accord. Et celui-ci présente une innovation majeure par rapport aux précédents : aux produits agricoles (+ 32 milliards de dollars sur deux ans) et énergétiques (+ 52,4 milliards de dollars) qui servaient de variable d’ajustement traditionnelle dans les échanges sino-américains, s’ajoutent 77,7 milliards de dollars de produits manufacturés (le solde de 37,9 milliards de dollars pour arriver à 200 milliards revenant aux services), appartenant à une liste annexée à l’accord.

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