« Il faut renverser l’infox des métaux rares »

« Il faut renverser l’infox des métaux rares »

3
0
SHARE

« L’infox est d’ailleurs entrée en contradiction avec elle-même, puisqu’elle condamne à la fois l’embargo pékinois et la pollution minière en Chine dans les pays pauvres et les mines en Occident. »

« L’infox est d’ailleurs entrée en contradiction avec elle-même, puisqu’elle condamne à la fois l’embargo pékinois et la pollution minière en Chine dans les pays pauvres et les mines en Occident. » Martin Muránsky/Panther Media / GraphicObsession

Tribune. Dans le monde réel, les métaux rares n’existent pas. Ils n’ont jamais été définis par des critères géologiques – ils ne sont pas introuvables, ou des critères économiques –, ils ne sont pas chers parce que rares. C’est une fake news, une désinformation dont les premières victimes sont les hommes d’Etat. Dans les pays producteurs, ils sont enivrés du métal rare et lui commandent d’être un élément géopolitique de leurs stratégies de puissance.

L’homme politique du pays consommateur, lui aussi envoûté par le métal rare, s’engage dans des propositions simplificatrices, sans nuances et erronées, entraînant des erreurs politiques et, de ce fait, des déstabilisations favorables au populisme. L’exemple actuel de l’Airbus des batteries n’y échappe pas. L’initiative industrielle est sans aucun doute une excellente chose pour rattraper le retard de l’Europe sur les trois leaders mondiaux que sont la Chine, la Corée et le Japon.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi En Suède, la population veut laisser le vanadium sous terre

Mais le ministre en charge de l’économie est probablement victime de l’infox lorsqu’il déclare, à l’occasion d’une visite au site de STMicroelectronics de Crolles (Isère) le 22 mars 2019, rattacher la pertinence de ce plan aux métaux rares : « Sur cette filière, il nous faut avoir une même logique : celle de la tenir de bout en bout. Nous allons donc nous y atteler, dès la recherche des métaux rares (avec des pays comme le Chili ou l’Argentine), jusqu’à la réalisation de la batterie électrique, en passant par son intégration dans la voiture… »

Des « gisements rares »… en Alsace !

Quels sont ces métaux rares restés indéterminés dans la déclaration ? Les deux pays nommés flèchent le lithium. Mais dans ce cas précis, les efforts miniers en amont puis de recherche et développement en aval l’ont déjà éloigné de la rareté. Son prix – qui s’est écroulé – démontre une certaine abondance, et son exploitation est guidée par le niveau de coûts d’exploitation compétitifs, plutôt que par l’accès exclusif à des « gisements rares », dont l’un vient d’être trouvé… en Alsace !

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Prix du livre d’économie : les trois ouvrages sélectionnés

En outre, rien ne confirme que les futures batteries utiliseront autant de lithium qu’aujourd’hui ; elles n’en utiliseront même peut-être plus du tout. Le canular de la rareté nous entraînera-t-il également vers des décisions politiques néfastes dans d’autres métaux, tel que le cobalt ? Bien que ses quantités industrielles unitaires utilisées dans les batteries diminuent sans cesse, l’infox des métaux rares semble provoquer une certaine agitation dans les milieux miniers autour de rumeurs d’achat d’une mine de cobalt en République démocratique du Congo, entre Kolwezi et Lubumbashi.

Économie : Toute l’actualité sur Le Monde.fr.

LEAVE A REPLY