Guerre commerciale : « L’avertissement de Barack Obama en 2010 est resté lettre morte »

Guerre commerciale : « L’avertissement de Barack Obama en 2010 est resté lettre morte »

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Donald Trump ne fait que prendre la suite de Barack Obama, qui dénonçait déjà l’inaction de Pékin et de Berlin face au déséquilibre des échanges, explique le financier Nicolas Goetzmann dans une tribune au « Monde ».

Publié aujourd’hui à 14h17 Temps de Lecture 5 min.

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Tribune. « A l’avenir, aucune nation ne devra considérer que son chemin vers la prospérité est simplement pavé de ses exportations vers les Etats-Unis. » Contrairement aux apparences, Donald Trump n’est pas l’auteur de ces mots qui ciblent les pratiques commerciales de Pékin et de Berlin. Ce sont ceux de Barack Obama, prononcés lors du G20 de Séoul, en novembre 2010.

Dix ans après, le diagnostic formulé par l’ancien président américain – rejeté alors par les membres du G20 – sert aujourd’hui de fondement à la guerre commerciale déclarée par Donald Trump. L’avertissement de 2010 sera resté lettre morte, et les machines à produire des excédents commerciaux que sont la Chine et l’Allemagne – et désormais la zone euro dans son ensemble – ont aggravé le problème plutôt que de le corriger.

Les excédents allemands n’ont que peu à voir avec la qualité incontestable de la production du pays. Ils sont en réalité le résultat d’une politique économique de pression sur les salaires, qui réduit la part de la consommation dans le PIB allemand. De façon mécanique, elle accroît le profit des entreprises, et donc leur taux d’épargne. Entre 2004 et 2008, un transfert de richesse équivalent à près de 6 points de PIB est passé des consommateurs aux entreprises.

Consolidation budgétaire

Après la crise de 2008, l’Etat allemand a pris le relais en faisant de la consolidation budgétaire un objectif prioritaire. Ici encore, le taux d’épargne public a été forcé à la hausse. Car si Berlin baissait les impôts sur les ménages plutôt que de générer un excédent budgétaire, la consommation serait alors favorisée, entraînant par là même une hausse des importations et une réduction de l’excédent commercial.

« L’excédent commercial n’est pas le produit de la bonne performance exportatrice allemande, mais le résultat d’une répression de la consommation »

L’excédent commercial n’est donc pas le produit de la bonne performance exportatrice allemande – qui n’est pas contestée – mais le résultat d’une répression de la consommation, ce qui permet d’importer moins, relativement à ce qui est exporté dans les pays qui bénéficient d’une croissance plus forte de la consommation. Les autres membres de la zone euro se sont chargés d’absorber les excédents allemands entre 2000 et 2008 ; les Etats-Unis ont pris le relais par la suite.

Les politiques d’austérité salariale et budgétaire menées dans l’Europe des années 2010 et 2011 ont été les répliques, plus ou moins intenses, de ce modèle allemand. Résultat, la zone euro affiche un excédent commercial sur le reste du monde. Une stratégie économique qui peut se résumer à du « vol de croissance », puisqu’il s’agit de compter sur la croissance de la consommation des autres pays – tout en réprimant la sienne – pour financer son développement économique. Ce qui explique le mécontentement de Barack Obama en 2010.

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