Guerre commerciale : « La politique mercantiliste revient sur le devant de la scène »

Guerre commerciale : « La politique mercantiliste revient sur le devant de la scène »

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La regain de protectionnisme est la conséquence de l’affrontement entre deux puissances qui visent chacune l’hégémonie, les Etats-Unis et la Chine, analyse l’économiste Bernard Guillochon dans une tribune au « Monde ».

Publié aujourd’hui à 14h17 Temps de Lecture 4 min.

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Tribune. La décision de Donald Trump, au printemps 2018, de rehausser les taux américains sur l’acier et sur l’aluminium puis de taxer un grand nombre de produits importés de Chine a engendré une véritable guerre commerciale. Actuellement, plus des deux tiers des importations américaines depuis la Chine font l’objet d’une taxe de 21,5 % en moyenne, et, en représailles, la Chine érige des droits sur 56 % des importations chinoises depuis les Etats-Unis à un taux moyen équivalent (21,8 %) (« US-China Trade War : The Guns of August », Chad Bown, Peterson Institute for International Economics, 26 août 2019). Le bras de fer entre les deux principales puissances devrait se poursuivre, Donald Trump ayant annoncé vouloir taxer la totalité des importations venant de Chine à partir du 15 décembre 2019.

Pour l’instant, l’affrontement semble tourner à l’avantage des Etats-Unis, dont les nouvelles barrières pèsent significativement sur la croissance chinoise, qui repose beaucoup sur les exportations et subit un net recul : le taux de croissance – 6,6 % en 2018 – devrait ne plus être que de 6,2 % en 2019 et de 6 % en 2020, d’après le FMI.

Si les Etats-Unis semblent avoir remporté une bataille, ils n’en n’ont pas pour autant gagné la guerre. Car dans le contexte actuel de très forte interdépendance des systèmes productifs, les hausses de coûts dues aux nouvelles taxes vont affaiblir les nombreuses entreprises américaines qui travaillent avec la Chine. Actuellement, 93 % des biens intermédiaires importés par les Etats-Unis depuis la Chine sont taxés, ce qui va déstabiliser la chaîne de valeur mondiale dont ont bénéficié jusque-là les deux pays.

Effets collatéraux

Cette guerre commerciale a aussi des effets collatéraux sur l’ensemble du commerce mondial : son volume a chuté de 2 % au quatrième trimestre 2018, et de 0,5 % au premier trimestre 2019. Les Etats-Unis, deuxième puissance exportatrice, pourraient donc bien subir un choc négatif en retour.

La situation actuelle rappelle a priori celle des années 1930, marquées par la récession et par le repli protectionniste des économies industrialisées de l’époque. Mais la crise de 1929 trouve son origine dans l’effondrement du système financier et monétaire, et non pas dans un regain de protectionnisme. Les hausses des droits et les dévaluations monétaires ne sont venues qu’ensuite, avec la loi américaine Hawley-Smoot en 1930, suivi de répliques dans les autres pays. Elles ont bien évidemment amplifié les effets de la crise, mais elles ne l’ont pas précédée.

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