Guerre commerciale : « La Chine a pu apprendre à décrypter les postures de...

Guerre commerciale : « La Chine a pu apprendre à décrypter les postures de Trump »

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Dans une tribune au « Monde », l’économiste Christian Schmidt applique la théorie des jeux à l’affrontement commercial sino-américain.

Publié aujourd’hui à 14h18 Temps de Lecture 3 min.

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Tribune. La guerre commerciale n’est certes pas une nouveauté, mais sa réapparition, sous l’impulsion de Donald Trump, présente plusieurs singularités. En premier lieu, les hausses de tarifs douaniers annoncées et souvent mises en application par les Etats-Unis visent tantôt l’ensemble d’une catégorie de produits importés, (aluminium, acier, produits manufacturés…), tantôt un pays particulier (la Chine) – les deux types de mesures n’étant pas exclusifs. En second lieu, le président américain utilise l’arme du commerce international à des fins strictement stratégiques, comme dans le cas des mesures frappant les pays qui commercent avec l’Iran. Il est donc nécessaire de partir des postures stratégiques adoptées par les Etats-Unis au niveau mondial.

Qu’il s’agisse de commerce ou de sécurité, le slogan « America First », qui résume l’objectif du président Trump, se caractérise d’abord par le rejet de toute procédure multilatérale. Traduit en termes de théorie des jeux, Trump rompt avec l’approche « coalitionnelle » pour celle de jeux non coopératifs.

Peu d’études ont encore été réalisées sur le sujet. L’une d’elles décrit la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine sous la forme d’un « chicken game » (« jeu de la poule mouillée »), un modèle appliqué en matière de rapports de force militaires et d’escalades stratégiques (« The Conundrum of US-China Trade Relations Through Game Theory Modelling », Jason Yin et Michael Hamilton, Journal of Applied Business and Economics, n° 20/8, 2018). Chaque pays dispose de deux stratégies : l’une, agressive, consiste à augmenter ses tarifs douaniers et à entraver sélectivement les exportations de son adversaire ; l’autre, passive, revient à ne pas répliquer aux actions ou aux menaces de l’adversaire. Si les Etats-Unis et la Chine choisissent tous les deux en même temps une stratégie agressive, ils seront l’un et l’autre perdants, sans parler des conséquences externes sur l’ensemble du commerce mondial.

Vulnérabilité respective

Mais les données du jeu sont plus complexes pour deux raisons principales : d’abord, pour chacun des deux pays, l’impact final du choix de leur stratégie dépend de leur vulnérabilité respective. Ainsi, compte tenu du poids et de la structure des deux économies, il a été calculé que la Chine était plus vulnérable que les Etats-Unis aux stratégies offensives de son adversaire. Il en résulte une asymétrie en faveur de ceux-ci, exploitée jusqu’à présent par Donald Trump. Ensuite, il ne s’agit pas d’un jeu à un coup, mais plutôt d’un jeu dynamique à plusieurs séquences, dont les premières se sont déroulées entre 2017 et 2018, sous l’impulsion de Trump, fort de l’asymétrie dont bénéficiaient les Etats-Unis.

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