Grève RATP : vendredi noir pour un vendredi 13

Grève RATP : vendredi noir pour un vendredi 13

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► Qu’est ce qui explique l’ampleur de la grève à la RATP ?

Les usagers de la RATP n’ont pas connu une grève de cette ampleur depuis 2007, quand le mot d’ordre d’alors était déjà celui de la défense du système de retraite spécial des agents de l’opérateur de transports d’Île-de-France.

Sept syndicats de la RATP ont appelé à ce mouvement dont les trois représentatifs de l’entreprise : l’Unsa (30,2 % des voix aux élections professionnelles), la CGT (30,1 %) et la CFE-CGC (10,4 %). « Pour nous, la seule compensation réelle aux contraintes du service public, comme le travail le week-end, la nuit, c’est la retraite », a déclaré Thierry Babec, le secrétaire général de l’Unsa RATP. De son côté, le secrétaire général de la CGT RATP Bertrand Hammache a évoqué une « réforme de trop » dans une entreprise en pleine mutation dans laquelle un « plan de productivité » entraîne des suppressions d’emplois et « l’intensification du travail pour ceux qui restent ».

Grève RATP, quelles lignes interrompues vendredi 13 septembre et à quelle heure ?

Depuis plusieurs années, la RATP semblait pourtant plus calme en termes de conflictualité. L’Unsa qui a pris de peu la première place de la représentativité devant la CGT en 2018 a en outre la réputation au plan national d’être plus ouvert aux compromis. « Le régime particulier et avantageux de retraite dont disposent les agents de cette entreprise est un élément identitaire important, dit Dominique Andolfatto, professeur de science politique à l’université de Bourgogne-Franche-Comté. Ils ont donc le sentiment qu’on attaque une sorte de sanctuaire et entendent bien le defendre. »

Ce n’est d’ailleurs pas l’ampleur de la mobilisation qui interpelle un bon connaisseur de l’entreprise mais le fait que les syndicats de la RATP soient les premiers à se mobiliser contre la réforme des retraites, bien avant la SNCF ou les fonctionnaires.

► Quel est le régime de retraite des agents de la RATP ?

En juillet 2019, un rapport de la Cour des comptes soulignait que ce régime, tout comme ceux de la SNCF et des industries de l’énergie, avait connu dans les années 2000 plusieurs réformes mais qu’ils continuaient à maintenir de nombreuses spécificités avantageuses.

En ce qui concerne l’âge de la retraite, un agent de maintenance à la RATP peut partir à l’âge à 57 ans s’il est né à partir de 1967 (avec vingt-sept ans d’activité). Les personnels roulants (conducteurs de métro ou chauffeur de bus) peuvent partir à 52 ans sous certaines conditions.

L’âge moyen de la retraite était plus proche de 56 ans à la RATP pour les retraités de 2017 selon la Cour des comptes. Leur pension brute moyenne en équivalent carrière complète, tous statuts confondus, s’élèverait à 3 705 €. La liquidation de la pension s’effectue sur la base des six derniers mois de salaire.

Selon le projet de loi de finances 1919, plus de 42 000 personnes cotisent au régime et près de 50 000 autres en reçoivent une pension de retraite. L’état contribue à hauteur de 61 % pour le régime, soit 736 millions d’euros sur un peu plus de 1,2 milliard d’euros de pensions.

► Qu’en est-il du service minimum ?

À chaque grande grève, on évoque la question d’un service minimum de transports, notamment par certains élus et bien entendu par les usagers. La loi du 21 août 2007 n’oblige ni la SNCF ni la RATP à faire circuler des trains. Elle les contraint à établir un plan de transport prévisible et à en informer les voyageurs à temps.

Quant à la réquisition de personnels, elle peut être réalisée par décision préfectorale seulement dans des circonstances exceptionnelles, « en cas d’urgence, lorsque l’atteinte constatée ou prévisible au bon ordre, à la salubrité, à la tranquillité et à la sécurité publique l’exige », selon le Code général des collectivités territoriales.

SNCF, à la recherche du mystérieux service minimum

Reste que la RATP a signé en 2015 avec Île-de-France mobilités (IDFM), l’autorité organisatrice des transports de la région, un contrat dans lequel elle s’engage à mettre en place 50 % du trafic normal aux heures de pointe les jours de grève. Mais il n’y a pas de sanction prévue au cas contraire.

Pour autant, la présidente de la région et d’IDFM, Valérie Pécresse, a prévenu qu’elle refuserait de payer la RATP les prestations qui ne seront pas fournies vendredi 13 septembre. Cela pourrait représenter, selon nos informations, entre 3 et 7 millions d’euros. Chaque année, IDFM verse 3 milliards d’euros à la RATP pour l’exploitation des transports et 2 milliards pour les investissements.

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