Grève à la SNCF : le nombre d’exactions se multiplie

Grève à la SNCF : le nombre d’exactions se multiplie

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Certains cheminots se radicalisent. Depuis le retour des vacances de Noël, les exactions, comme les appelle pudiquement la SNCF, se multiplient. Derrière ce terme, se cachent tous les actes de vandalismes sur les infrastructures ferroviaires mais aussi tous ces moyens imaginés par les cheminots pour perturber davantage le trafic, quand le conflit peine à trouver une issue favorable.

Ce vendredi matin, une centaine de manifestants sont descendus sur les voies de la gare de Saint Charles, à Marseille (Bouches-du-Rhône), vers 7 heures, paralysant le trafic pendant deux heures. « L’horaire n’a pas été choisi au hasard, c’est exactement la période de pointe des TER, regrette Philippe Tabarot, vice-président LR de la région PACA en charge des transports. 100 000 voyageurs ont été impactés par cette action. Nous ne sommes pas contre le droit de grève mais c’est déjà très compliqué pour eux de voyager, ce n’est pas la peine d’en rajouter ».

Une opération rondement menée. « Ce sont des dockers du port de Marseille et des salariés d’autres entreprises qui sont descendus sur les voies et non des cheminots, confie un porte-parole de la SNCF. Ils savent que dans le cas contraire ils seraient sanctionnés. » En 2018, lors de la grève contre la réforme ferroviaire, plusieurs cheminots avaient été mis à pied pour avoir bloqué le trafic.

Constat d’huissier et dépôt de plainte

Si la compagnie confirme que depuis le retour des vacances les exactions se multiplient, un porte-parole prévient aussitôt : « Des consignes très strictes ont été données à l’encadrement pour qu’un constat d’huissier et le dépôt d’une plainte soient systématiquement réalisés dès qu’une exaction est commise ». Combien de faits et de sanctions ont été recensés depuis le début mouvement le 5 décembre ? La SNCF ne communique pas les chiffres.

Mais force est de constater que malgré les bataillons de plusieurs centaines d’huissiers mobilisables dans toute la France et les plaintes régulières, les exactions vont crescendo. La plus courante reste le dépôt de « pétards » sur les rails. Cet outil pyrotechnique est normalement utilisé par les cheminots, au quotidien, pour avertir les conducteurs de train d’un danger. Que ce soit des travaux sur les voies ou la présence d’un arbre tombé, ces pétards sont placés en amont d’un obstacle.

Dès qu’un train circule sur ces pastilles, une détonation importante retentit, synonyme d’arrêt immédiat pour le conducteur. « C’est un classique en période de grève, reconnaît ce cheminot rompu aux mouvements sociaux. C’est une manière facile de perturber la circulation, surtout si vous les disposez aux endroits stratégiques ».

En 1995, un train avait été soudé aux rails

Les Hauts-de France sont devenus un terrain de jeu apprécié des saboteurs. « Ces derniers jours, sur les lignes Paris-Compiègne-Saint-Quentin et Paris-Creil-Amiens, il y en a eu plusieurs, notamment à hauteur de Pont-Saint-Maxence, assure Michel Magniez de la FNAUT (Fédération nationale des associations d’usagers des transports) des Hauts de France. À chaque fois, ça peut entraîner une heure de retard. Après déjà cinq semaines de grève, cela devient vite énervant ».

Même constat du côté de Chartres (Eure-et-Loir) mais aussi en région Occitanie. Et selon plusieurs sources, les exactions peuvent prendre d’autres formes. Comme des coupures de courant, l’activation des passages à niveau ou encore l’intervention sur des aiguillages. Une diversité d’action que la SNCF reconnaît tout en insistant : « A aucun moment la sécurité des circulations n’a été menacée ».

« C’est vrai qu’il y a un peu plus d’exactions, admet un conducteur de TER des Hauts-de-France. Mais ce n’est rien comparé à 1995. À l’époque, du côté de Creil (Oise), nous avions soudé un train aux rails. Ça ne se ferait plus aujourd’hui, les collègues ont trop peur du tapis vert (NDLR : surnom du conseil de discipline) ». « Je trouve au contraire que ça reste bon enfant, nuance Fabien Villedieu de SUD Rail. Le nombre de coup de canif au contrat de travail est bien inférieur à ce qu’il a pu être l’année dernière. Mais quand tu fais 37 jours de grève, tu ne peux pas reprendre le travail sans rien obtenir ».

Le Parisien – Économie

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