Grèce : après 10 ans d’austérité, l’économie toujours sous « surveillance renforcée »

Grèce : après 10 ans d’austérité, l’économie toujours sous « surveillance renforcée »

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La Grèce revient de loin, mais sait-elle seulement où elle va ? Dix ans, jour pour jour, après l’annonce par le premier ministre Georges Papandréou d’un plan d’austérité, prémices de la crise qui a bien failli emporter l’euro, c’est la question que se posent les économistes penchés au chevet d’un pays toujours placé sous « surveillance renforcée » par les instances européennes.

Remède de cheval

« Le remède de cheval appliqué ces dernières années à la Grèce lui a permis de se relever d’une grosse maladie pour entrer en phase de guérison avancée. Mais il est difficile de savoir si le traitement appliqué, depuis juillet, par le nouveau gouvernement de droite du premier ministre Kyriakos Mitsokakis lui permettra de recouvrer une santé solide », résume Sofia Tozy, du Crédit agricole.

Les signes encourageants ne manquent pas. Les « réformes structurelles » imposées à Athènes par la « troïka » – Commission européenne, Banque centrale européenne (BCE) et Fonds monétaire international (FMI) – contre trois plans d’aide successifs accordés de 2010 à 2015 pour un total 280 milliards d’euros ont ainsi permis de rétablir des finances publiques très dégradées.

Excédent primaire du budget

« Le budget dégage depuis quelques années un excédent primaire – hors les intérêts de la dette -, qui est aujourd’hui de 3,5 % du produit intérieur brut (PIB). Ce qui représente un double avantage, souligne Nathalie Janson, professeure à la Neoma Business School. D’abord, d’avoir permis à la Grèce de retrouver la confiance des marchés pour emprunter désormais à un taux inférieur à l’Italie. Ensuite, de rendre la dette publique soutenable. »

Celle-ci reste, certes, particulièrement élevée : 177 % du PIB en 2019. Mais elle a commencé à baisser. Et plus que le niveau, c’est la structure de cette dette qui compte : elle est principalement détenue par des acteurs institutionnels – l’UE à travers le Mécanisme européen de stabilité et le FMI – qui ont accepté, si Athènes poursuit ses efforts, de repousser les remboursements aux années 2060.

Trois ans de croissance

La situation économique elle aussi s’améliore. « En 2019, pour la troisième année consécutive, la Grèce a renoué avec la croissance. De 1,5 % du PIB en 2017 à 1,9 % en 2018 et sans doute 2 % l’an passé, celle-ci devrait s’établir, d’après nos prévisions, à 2,2 % cette année », détaille Julien Marcilly, économiste en chef de l’assureur-crédit Coface.

Cette reprise s’explique d’abord, sans surprise, par le succès d’un tourisme qui contribue à hauteur de 30 % à la richesse nationale. En 2018, la Grèce, pays de 11 millions d’habitants, a reçu pas moins de 32 millions de visiteurs. Un afflux qui a accompagné la réduction importante du taux de chômage, passé de 28 % au plus fort de la crise à 17 % aujourd’hui.

« Moins classique, on peut aussi noter les bons résultats de certains secteurs à l’export, notamment dans le raffinage qui alimente toute la sous-région ou la pharmacie, une industrie à haute valeur ajoutée », précise Julien Marcilly.

Zones de fragilité

Peut-on pour autant considérer la Grèce comme définitivement sortie d’affaire ? « Ce serait aller un peu vite en besogne car le pays montre encore des zones de fragilité », souligne Nathalie Janson. Le premier motif d’inquiétude concerne la santé précaire des banques dont un tiers au moins des portefeuilles est encore constitué de « créances douteuses », autrement dit dont le recouvrement est problématique. Autre faiblesse chronique : « les rigidités administratives d’un État qui peine à se moderniser. Ce qui complique d’autant la réalisation du programme du gouvernement Mitsokakis », poursuit Nathalie Janson.

Baisse de l’impôt sur les sociétés et sur le foncier, poursuite de la réforme du marché du travail, relance des privatisations : le nouveau premier ministre a beaucoup promis pour rendre la Grèce plus attractive aux investisseurs. « Parviendra-t-il à trouver de nouveaux relais de croissance, d’autant que la conjoncture se complique, avec un ralentissement marqué de la zone euro ? C’est toute la question », s’interroge, dubitative, Sofia Tozy.

Dans son dernier rapport sur la Grèce, en novembre, le FMI ne se montrait guère plus optimiste, jugeant « la convalescence de l’économie grecque décevante ». « À ce rythme, il faudra au pays encore dix ans pour retrouver son niveau de richesse d’avant la crise », insiste Julien Marcilly. 2010-2030 pourraient bien rester dans l’histoire grecque comme des décennies perdues.

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Dix ans de crise grecque

2009 : Au pouvoir depuis octobre, le premier ministre socialiste Georges Papandréou reconnaît un déficit public sous-évalué et annonce, le 14 janvier 2010, un premier plan d’austérité.

2010 : En mai, la Grèce reçoit un prêt international de 110 milliards d’euros en échange de coupes budgétaires et de réformes qui provoquent de violentes manifestations.

2012 : En février, un deuxième prêt de 130 milliards d’euros est accordé à Athènes. Les réformes commencent à porter des fruits, mais leur coût social élevé cause un fort mécontentement populaire.

2015 : Après la victoire de Syriza (gauche radicale) aux législatives de janvier, le premier ministre Alexis Tsipras prétend rompre avec la rigueur et agite la menace d’une sortie de l’Union, mais Bruxelles ne plie pas.

2017 : Un troisième prêt, de 86 milliards d’euros, est consenti. Le pays renoue avec la croissance.

2019 : En juillet, victoire de la Nouvelle Démocratie (droite) aux législatives et arrivée au pouvoir du premier ministre Kyriakos Mitsotakis.

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