Fins de mois : « L’argent qui tombe du ciel est super...

Fins de mois : « L’argent qui tombe du ciel est super dangereux »

4
0
SHARE

MARIO WAGNER

« C’est le premier cap, le million. Tu pars vraiment d’en bas… » Anthony Bourbon préfère ne pas nous préciser combien il en a ajouté ensuite. Juste qu’il est en route vers le deuxième cap qu’il s’est fixé : les 100 millions d’euros. Ensuite, ce sera la troisième affaire, le milliard. Ça fait partie de son plan. « Quand t’as le premier million, après ça déroule. »

Anthony Bourbon, 30 ans, est le fondateur et patron de Feed, une entreprise qui vend des repas de substitution. Il est actuellement plongé dans la lecture d’Enfances de classe, sous la direction de Bernard Lahire (Le Seuil, 2019). Son enfance de classe, elle, s’est déroulée dans la région de Bordeaux, entre une mère dépressive et un père violent, contrôleur de train. D’eux, il entendait des encouragements à travailler « chez McDo pour un salaire de misère ».

Qu’est-ce qui fait qu’il a toujours rêvé plus grand ? « Pourquoi j’aurais pas la même carrière que Xavier Niel et j’épouserais pas moi aussi la fille de je sais pas qui ?…  » Il se souvient être assis, à 16 ans, à l’arrière du bus, et laisser passer les trajets en se demandant où il dormirait, où il mangerait le soir. Il était à la rue « avec [s]es économies », parce que depuis toujours, il a le sens des économies. Il a galéré mais s’est lancé très vite avec des potes dans des petits business, de scooters, d’immobilier, tout en poursuivant un master 2 de droit des affaires et de l’immobilier… Jusqu’au lancement de Feed, en 2016.

« Aujourd’hui, je suis riche par rapport aux jeunes de mon âge. » Etre issu d’un milieu défavorisé continue à faire partie de son identité. « Maintenant qu’il m’arrive d’être invité à Bercy avec des ministres, quand je vois l’opulence… la déconnexion totale… je me dis que si les “gilets jaunes” payés 1 200 balles voyaient ça, ils péteraient un câble ! »

« Tous ceux qui ont hérité ont l’air malheureux »

Evidemment que ça frustre d’être né avec moins, « c’est tellement injuste que ça se fasse juste par la naissance… » Mais ceux qui sont nés du bon côté ne lui font pas envie. « Dans ce que je vois autour de moi, tous ceux qui ont hérité ont l’air malheureux et n’apprécient rien… Quand j’invite au resto, les bourgeois ne disent jamais merci. Je leur demande : “C’était bon ? t’as kiffé ? alors on dit quoi à la fin ?” Ils sont tellement habitués à leur zone de confort, à ce que tout leur soit dû, je trouve ça honteux. Ce sont eux les handicapés. »

Économie : Toute l’actualité sur Le Monde.fr.

LEAVE A REPLY