Dispute entre associés : cinq conseils pour survivre au premier conflit

Dispute entre associés : cinq conseils pour survivre au premier conflit

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« Il a complètement craqué, puis a balancé une chaise contre la porte. J’ai pris une poubelle et je voulais lui lancer dessus. C’était assez violent », se souvient Géraud Desazars de Montgailhard, qui a créé en 2016 une start-up spécialisée dans la livraison de produits en domicile. La scène s’est passée dans leurs locaux, en janvier 2018, quelques heures après avoir vu un fonds d’investissement. L’entrepreneur n’est pas satisfait de la gestion de l’entreprise par son CEO, qui était alors également son ami.

« Je n’ai pas ce genre de comportement d’habitude. Depuis, on ne se parle plus », raconte celui qui a vendu ses parts au printemps dernier. Les deux anciens amis ont bien tenté de s’appeler sur Skype quelques jours plus tard, avec leur troisième associé. Mais rien n’y fait : la conversation n’a duré que quelques minutes.

Pendant deux jours, ils se sont enfermés dans une salle. Amaury Montmoreau et ses trois associés se sont engueulés en 2011. Une mise au point issue de la volonté de départ de l’un d’entre eux, qui a dérivé sur une discussion houleuse sur l’apport de chacun à l’entreprise. « On avait déjà eu des discussions un peu musclées, mais c’est la première fois qu’on en arrivait à ce stade. Il y a des moments où on s’énervait, on criait », se remémore celui qui a créé avec trois amis AJ Stage, une entreprise spécialisée dans le recrutement. 

 Finalement, les quatre amis ont su préserver leur amitié. « C’est comme dans un couple. En face de moi j’ai un ami. Je mets mon ego de côté et au bout d’un moment je me tais, ajoute Amaury Montmoreau. Si demain je dois me marier, ce sera l’un d’entre eux qui sera mon témoin ! »

Sylvain Tillon et son associé, Tim Saumet, n’ont pas suivi ce conseil : « On a tendance à ne pas dire les choses qui fâchent et exploser », explique le premier. Les deux collègues ont créé Tilkee fin 2013, afin d’aider les entreprises à mieux relancer leurs prospects. En juillet 2015, Tim Saumet achète un ordinateur et se fait rembourser par l’entreprise. La dispute éclate par mail interposés. « Il y avait des tensions. L’achat de l’ordinateur est le point de détail qui a révélé une situation tendue », tempère ce dernier. 

Sylvain Tillon fait alors appel à un ami entrepreneur. « Il m’a conseillé de le rencontrer physiquement. C’est bien de s’appuyer sur d’autres personnes. C’était un très bon conseil, qui a permis de résoudre le conflit. On ne voulait plus se parler car on avait chacun l’impression d’être allés trop loin », se souvient celui qui a écrit le livre « Acceptez-vous de prendre pour associé… ? » (Eyrolles, 2018). 

Après leur dispute en 2015, les deux fondateurs de Tilkee ont passé une soirée à boire ensemble. « Ca permet d’évacuer toutes les frustrations », s’amuse Sylvain Tillon. Puis ils se sont rendus compte qu’ils ne communiquaient pas assez entre eux. Une règle est alors fixée : se voir une fois par semaine autour d’un déjeuner. « On parle de tout et de rien, que ce soit personnel ou professionnel. Avant on ne se voyait que dans le cadre de la start-up pour parler des problèmes. Maintenant ce n’est plus le cas », ajoute-t-il.  

Ces déjeuners permettent de mieux connaître l’autre. Ils donnent aussi des clés pour mieux comprendre ce que l’associé ressent, lors des prochaines disputes. Mais il est également important de se connaître soi-même. « J’ai fait beaucoup de choses autour du développement personnel : de la méditation, de la sophrologie. Plein de choses pour comprendre pourquoi certaines choses me font réagir », explique Tim Saumet. 

Toutes ces disputes sont le plus souvent le résultat de tensions persistantes, d’incompréhensions, de non-dits. Elles peuvent se gérer en amont. Ce que n’a pas fait Sylvain Tillon lors de la création de sa première start-up, en 2003 : Lucyf’hair, qui vendait des bijoux pour cheveux. Il l’a créé pendant ses études, avec son colocataire. L’idée plaît, ils font des concours, ont des retombées médiatiques… mais ne définissent pas bien leur objectif. « On avait peu travaillé sur nos motivations. Lui voulait trouver un poste pas trop risqué et faire de l’argent. Pas moi », se rappelle-t-il. 

Lors d’un voyage à New York pour voir un ami commun, très bien payé, son associé se rend compte d’une chose : il n’est plus épanoui au sein de la start-up. « Il a voulu partir et me vendre ses parts », poursuit-il. Mais Sylvain Tillon a jugé le prix trop élevé. Et le ton est monté.  

L’argent est au coeur des préoccupations pour Amaury Montmoreau et ses associés à AJ Stage. N’ayant pas le soutien financier de ses parents, l’un d’eux ne pouvait plus continuer l’aventure. « Il voulait être rémunéré pour son travail mais ce n’était pas possible », précise-t-il. 

Géraud Desazars de Montgailhard s’est définitivement brouillé avec son associé en janvier dernier.

A la Une – Les Echos Business

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