Derrière la grève à la RATP, la réforme des retraites mais aussi...

Derrière la grève à la RATP, la réforme des retraites mais aussi un malaise face à l’avenir de l’entreprise

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Le mouvement de vendredi, à l’ampleur inédite depuis 2007, vise avant tout à défendre le régime spécial des agents, également touchés par une forte angoisse du passage à la concurrence.

Par Éric Béziat Publié aujourd’hui à 04h07

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Une rame de métro à Paris, le 12 Septembre.

Une rame de métro à Paris, le 12 Septembre. ERIC FEFERBERG / AFP

Dix lignes de métro fermées, quatre autres quasiment à l’arrêt, les RER A et B en mode minimal, des bus et tramways intermittents, des arrêts de travail dans toutes les fonctions, 100 % de grévistes par endroits… Le vendredi 13 du mois de septembre 2019 aura bien porté son nom pour les usagers de la RATP. Il faut remonter douze ans en arrière pour retrouver l’expression d’une telle colère dans la régie des métros et bus parisiens. L’entreprise de transport championne de la paix sociale ces dernières années, avec son taux de 0,5 jour de grève par an et par agent depuis dix ans, s’est soudain métamorphosée en furie de la grève. Pourquoi un tel coup de tonnerre dans un ciel apparemment calme ? Quel trouble profond, quelle blessure collective, peut expliquer cet éclat retentissant ?

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Il y a d’abord – et avant tout – le fait qu’on veuille toucher au « totem » de la retraite RATP. Sur ce point, direction et salariés s’accordent pour dire que la perspective de démanteler le régime spécial de retraite des agents au statut, rendue plausible par le rapport Delevoye sur la grande réforme des retraites, puis par la nomination de son auteur au gouvernement, a mis le feu aux poudres. « Les médias ont été pris de court par la force du mouvement, mais pas nous ; et en particulier pas ceux qui ont un peu d’ancienneté aux commandes de cette boîte, dit-on à la direction avec une pointe d’agacement. On avait pourtant prévenu, alerté. Il s’est passé la même chose en 2007 et pour exactement la même raison : une réforme de la retraite. Et en 2007, pas un seul métro ne roulait ! »

Côté représentants des salariés, le diagnostic est le même. « Ce régime de retraite est un élément central de l’appartenance à l’entreprise », résume Thierry Babec, secrétaire général de l’UNSA-RATP, premier syndicat du groupe public (devant la CGT et la CFE-CGC). « Toucher à nos retraites c’est briser un contrat social, et même un contrat moral, abonde Jean-Christophe Delprat, délégué SUD-RATP. Nous avons des horaires impossibles : une semaine on commence à 4 heures du matin, la suivante on termine à une heure. Année après année, on nous a ajouté des contraintes, on nous demande maintenant de conduire des métros toute la nuit. Eh bien, on l’accepte. On est d’accord. C’est notre mission. Mais au bout du tunnel, il y a la retraite. La supprimer c’est vraiment une injustice. »

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