Déficit: la règle des 3 %, une invention française née sur un...

Déficit: la règle des 3 %, une invention française née sur un coin de table

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En 1981, deux économistes ont mis au point cette règle pour le président Mitterrand, avouant des années plus tard que celle-ci ne faisait nullement office de référence.

C’est un chiffre « né sur un coin de table », expliquait l’économiste Guy Abeille, à propos de cette règle en 2010 dans La Tribune. Présente dans le Traité de Maastricht, elle impose depuis 1992 aux pays européens de maintenir leur déficit public annuel en dessous de la barre des 3 % de leur produit intérieur brut (PIB). 

Mais ce critère de convergence n’a cessé d’être remis en question par les membres européens à l’instar d’Emmanuel Macron cette semaine qui a déploré « un débat d’un autre siècle ». Dans un entretien accordé à The Economist, le chef de l’Etat a jugé qu’elle freinait les investissements nécessaires à la relance budgétaire. 

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C’est pourtant à la France qu’on doit ce chiffre qui n’a, en réalité, que peu de fondements comme l’a révélé, Guy Abeille. En 1981, alors qu’il est chargé de mission au ministère des Finances sous le gouvernement de Valéry Giscard d’Estaing, l’économiste est missionné, avec son collègue Roland de Villepin, pour trouver en quelques heures une règle que le président Mitterrand pourra brandir pour s’opposer à des dépenses supplémentaires réclamées par ses ministres. 

« Ce chiffre ne mesure rien, il n’est pas un critère »

Après de courtes recherches, les deux économistes s’accordent sur un ratio : le déficit public sur le produit intérieur brut (PIB). Une valeur qualifiée par Guy Abeille de « bouée tout usage pour sauvetage du macro-économiste en mal de référence » et qu’ils ont choisi car, « avec le déficit sur PIB, on croit tout de suite voir quelque chose de clair ». 

Autre justification des plus sommaires : maintenir le déficit public sous les 1 % du PIB serait « insoutenable ». Le seuil de 2 % est considéré comme trop contraignant et a « quelque chose de plat, et presque de fabriqué ». Alors que 3 % semblent mieux sonner. Mais ce chiffre, qui « peut au mieux servir d’indication, de jauge », « en aucun cas, n’a titre à servir de boussole ». « Il ne mesure rien, il n’est pas un critère », ajoute l’économiste.  

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Il est pourtant adopté par le gouvernement français et devient, en 1992, l’un des nombreux critères en matière budgétaire de l’Union européenne. « On a imaginé ce chiffre de 3 % en moins d’une heure, il est né sur un coin de table, sans aucune réflexion théorique », conclut Guy Abeille interrogé par Le Parisien, en 2012. 

Pour Xavier Ragot, président de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et directeur de recherche au CNRS, ce chiffre n’a surtout plus de sens dans l’époque actuelle. « L’environnement a complètement changé avec la crise, la dette est plus élevée, l’inflation et la croissance plus faibles. C’est donc une règle qu’il faut réinterroger économiquement », explique-t-il à L’Express précisant que la plupart des pays européens sont depuis parvenus à maintenir leur déficit sous cette barre des 3 %, ou sont en passe de l’être. La France devrait, elle, atteindre cet objectif en 2020. 

LEXPRESS.fr – Rss Economie

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