« Comme Paris, Londres se pique de politique industrielle et d’aménagement du territoire »

« Comme Paris, Londres se pique de politique industrielle et d’aménagement du territoire »

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Le premier ministre britannique, Boris Johnson, devant le  10 Downing Street, à Londres, le 15 janvier 2020.

Le premier ministre britannique, Boris Johnson, devant le  10 Downing Street, à Londres, le 15 janvier 2020. BEN STANSALL / AFP

Pertes & profits. Expert mondialement reconnu des séries politiques à rebondissement, le Royaume-Uni n’en finit pas de surprendre ses spectateurs. Alors que le feuilleton The Crown est dépassé par la réalité de l’affaire Harry et Meghan, celui sur le Brexit vient de nous offrir un retournement spectaculaire. Alors que le premier ministre, Boris Johnson, proclamait vouloir transformer la Grande-Bretagne en havre du libéralisme échevelé façon Singapour-sur-Tamise, le voilà qui sort de son chapeau un modèle qui ressemblera plus à une sorte de Paris-sur-Tamise. Comme la France, le gouvernement britannique se pique désormais de politique industrielle et d’aménagement du territoire. Quitte à prendre quelques libertés avec la concurrence.

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Ainsi, à quinze jours de la sortie définitive du Royaume-Uni de l’Union européenne, sa principale compagnie aérienne, IAG, maison mère de British Aiways, a déposé une plainte, mercredi 15 janvier, auprès des instances européennes de la concurrence pour dénoncer les « aides d’Etat octroyées par le gouvernement britannique à son concurrent, Flybe ».

Socialisation de la droite

La veille, Downing Street, qui n’avait pas bougé le petit doigt pour sauver son champion du tourisme, Thomas Cook, a annoncé un plan de sauvetage de la première compagnie régionale du pays afin de lui éviter la faillite. Celui-ci comprend un renflouement de la part des actionnaires et l’engagement de différer, voire d’annuler, le paiement de la taxe par passager.

Il faut dire que la victoire spectaculaire des conservateurs aux dernières élections doit beaucoup au basculement des bastions travaillistes du nord de l’Angleterre et des Midlands. D’où l’empressement du locataire du 10 Downing Street à sauver une compagnie aérienne spécialisée dans la liaison entre les villes moyennes. Elle représente plus de 50 % de l’activité d’aéroports comme Southampton, Exeter, Jersey ou Cardiff.

Quand on se fait élire en promettant de dynamiser les régions oubliées, on ne peut se permettre de laisser tomber un tel opérateur, même déficitaire. Quitte à se mettre à dos les défenseurs de l’environnement qui voient s’envoler la seule taxe verte affectant un secteur déjà montré du doigt en Europe pour sa contribution au réchauffement climatique.

Ce n’est qu’un début. La « socialisation » populiste de la droite britannique, déjà entamée sous Theresa May, devrait s’amplifier avec un plan massif d’investissement en infrastructures et des politiques sectorielles en faveur de l’industrie et des services publics. Après avoir prêché le laisser-faire économique au cœur des institutions européennes, le Royaume-Uni se retire avec fracas pour faire tout l’inverse. Etonnante Albion.

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