CETA, sécheresse, PAC… L’exécutif face à la fronde des agriculteurs

CETA, sécheresse, PAC… L’exécutif face à la fronde des agriculteurs

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Les motifs d’inquiétude abondent. Plusieurs permanences de députés La République en marche ont été prises pour cible par les syndicats d’exploitants agricoles.

Par Laurence Girard et Olivier Faye Publié aujourd’hui à 02h06

Temps de Lecture 4 min.

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Le ministre de l’agriculture Didier Guillaume, à droite, discute de la canicule avec un agriculteur à Ouchamps (Loir-et-Cher), le 22 juillet.

Le ministre de l’agriculture Didier Guillaume, à droite, discute de la canicule avec un agriculteur à Ouchamps (Loir-et-Cher), le 22 juillet. GUILLAUME SOUVANT / AFP

Corinne Vignon n’en peut plus. Elle a décidé d’investir dans un système d’alarme et de vidéosurveillance. Dimanche 4 août, la permanence de la députée (la République en marche, LRM) de Haute-Garonne a été prise pour cible pour la deuxième fois en trois jours. Un message à l’orthographe douteuse a été tagué sur le portail d’entrée : « LREMerde ne représante pas le peuple ».

On ne sait, pour l’heure, qui se cache derrière cette exaction – l’élue a porté plainte. On sait, en revanche, qui a muré sa permanence avec des parpaings dans la nuit du 1er au 2 août. L’acte a été revendiqué par la FDSEA (déclinaison départementale de la FNSEA, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles).

Les mêmes, peste Mme Vignon, avaient déjà déversé « une tonne de purin » devant chez elle, en 2017, lors de l’examen de la loi sur l’alimentation.

Aujourd’hui, ils veulent dénoncer l’adoption par la majorité, le 23 juillet, d’un projet de loi ratifiant le CETA. Cet accord de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et le Canada menacerait, disent-ils, la santé économique des éleveurs bovins. La patronne de la FNSEA, Christiane Lambert, a assuré que les agriculteurs s’estimaient « trahis ». Une petite dizaine de permanences de députés LRM ont été prises pour cible dans toute la France ces derniers jours par la FNSEA ou les Jeunes agriculteurs (JA).

Une crise que l’exécutif surveille de près

« Il faut tout faire pour les agriculteurs ?, s’agace Corinne Vignon. Ne jamais les perturber, ne pas aller contre eux ? On est sur de l’intimidation permanente. » L’élue de Haute-Garonne dit ne pas comprendre le haut-le-cœur soulevé par ce traité, qui s’applique depuis bientôt deux ans. « Le CETA est extrêmement positif, jure-t-elle. Les exportations françaises ont augmenté de six points et les importations du Canada ont baissé de six points, c’est tout en notre faveur ! »

L’épisode illustre le malaise latent du monde agricole. Une crise que l’exécutif surveille de près en cette période estivale, et avec autant de bienveillance que possible.

Il ne faudrait pas réactiver le procès en arrogance intenté contre le pouvoir ces deux dernières années. « Les permanences d’élus, quand il y a des dégradations, c’est plutôt le fait degilets jaunes”, relativise un proche du ministre de l’agriculture, Didier Guillaume. On condamne ces actes mais les agriculteurs sont plus respectueux que d’autres, il n’y a pas de violation de permanences. » « C’est normal que ce genre de traité pose question, ajoute-t-on dans l’entourage du premier ministre Edouard Philippe. Nous connaissions les inquiétudes des agriculteurs sur le CETA, ce n’est pas nouveau. Le gouvernement est mobilisé pour continuer à expliquer ce que c’est. Notre excédent commercial avec le Canada est passé de 50 millions à 400 millions d’euros, ce n’est pas neutre ! »

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