Budget 2020 : le déficit public creusé pour financer les mesures Gilets...

Budget 2020 : le déficit public creusé pour financer les mesures Gilets jaunes

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Gouvernement cherche 2,5 milliards d’euros désespérément. À moins de quinze jours de la présentation du Budget de la France pour 2020, Emmanuel Macron a mis sous le tapis ses promesses de campagne. Qu’il semble loin le temps où, au pupitre, il clamait qu’il était capital de réduire le déficit du pays. Mais après avoir enfin retiré son bonnet d’âne européen, en repassant sous la barre des 3 % de déficit l’an dernier, la France renoue avec ses démons en creusant le trou encore un peu plus, de 2,5 milliards d’euros supplémentaires.

Au global, le déficit tricolore avoisinera donc les 50 milliards d’euros en 2020. Certes, aucun budget de la France n’a été voté à l’équilibre depuis… 1974 ! « La différence, c’est qu’Emmanuel Macron avait promis d’en finir avec cette mauvaise habitude, tacle Gilles Carrez, poids lourd de la Commission des Finances de l’Assemblée. Là, ses belles promesses explosent en plein vol. »

Le gouvernement n’a trouvé que 4 milliards d’euros

Il faut dire qu’entre-temps, le mouvement des Gilets Jaunes est venu gripper la belle mécanique budgétaire rêvée par le président de la République. Les manifestations à répétition depuis l’automne dernier ont forcé le chef de l’Etat à annoncer 17 milliards d’euros de mesures pour éteindre l’incendie social.

Rien que cette année, ces réformes – prime d’activité, prime « Macron », heures sup, etc. – ont coûté la bagatelle de 10 milliards d’euros aux caisses de l’Etat. Et en 2020, ce ne sera pas fini! Pour boucler le prochain Budget, le gouvernement doit encore financer la baisse de l’impôt sur le revenu (5 milliards d’euros) et la réindexation des plus petites retraites sur l’inflation (1,5 milliard d’euros). Montant global de la facture : 6,5 milliards d’euros.

Après des mois passés à phosphorer pour identifier de nouvelles recettes ou des économies, notamment en sabrant dans les effectifs de certains ministères, le gouvernement n’a finalement trouvé que 4 milliards d’euros. Pour les 2,5 milliards d’euros restants, l’exécutif a tout simplement fait le deuil de sa rigueur budgétaire. Pour financer les réformes promises, il a donc été décidé de dégrader la prévision de déficit public pour 2020.

Un déficit entre 2,1 et 2,2 % du PIB

Dommage, car pour Emmanuel Macron, cet exercice budgétaire aurait dû être celui de la fanfaronnade. La France était censée commencer à sensiblement rapprocher son déficit de zéro. C’est du moins ce que prévoyait encore l’Elysée en avril 2018 dans les documents de prévisions budgétaires envoyés à Bruxelles où la France tablait sur un déficit à 0,9 % en 2020. Finalement, il devrait avoisiner les 2,1 ou 2,2 % du PIB. Selon un haut fonctionnaire de Bercy, un conseiller du Premier ministre Édouard Philippe a même envisagé un déficit public à « 2,3 ou 2,4 points de PIB en 2020 ».

À qui la faute? À Bercy, ça tiraille. Un proche du ministre de l’Économie Bruno Le Maire s’agace : « De notre côté, nous avons rempli notre contrat en trouvant 1,5 milliard d’euros sur les niches fiscales. Il faut voir avec Gérald Darmanin, le Budget c’est chez lui! » A l’étage en dessous, l’entourage du ministre de l’Action et des Comptes publics botte en touche. « Tant que les chiffres définitifs n’ont pas été officialisés, on ne fait pas de commentaire », élude un bras droit de Gérald Darmanin.

Mais déjà, des députés de la majorité montent au créneau pour dédramatiser le recours à l’endettement. « Cela ne sert à rien de mettre à mal certaines politiques publiques pour s’échiner à récupérer quelques milliards, argumente Laurent Saint-Martin, député de la Commission des Finances et futur rapporteur du Budget. N’oubliez pas que la France emprunte toujours à des taux d’intérêt négatifs. »

La Commission européenne devrait être clémente

En clair : pas de quoi s’affoler ! D’ailleurs, pour préparer le terrain sur le recours au déficit, Gérald Darmanin a même annoncé fin août que l’Etat allait réaliser 2 milliards d’euros d’économies sur les intérêts de la dette. Certes, mais dans les rangs de la Commission des Finances, tout le monde ne s’en gargarise pas : « Pour l’instant, nous remboursons notre dette à moindre coût, mais quand les taux remonteront, il y aura un terrible effet boomerang », s’inquiète un député de la majorité, sans oser l’assumer publiquement.

Et Bruxelles, dans tout cela? La France a joué les bons élèves pendant un an! Mais chassez le déficit, il revient au galop. Comment l’Union européenne réagira-t-elle? Pas si mal que cela, selon nos informations. « Il y a 4 ou 5 ans, le budget de la France cristallisait les tensions, analyse un haut fonctionnaire de la Commission européenne. Ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, entre le Brexit et l’ Italie, il y a d’autres dossiers chauds sur le dessus de la pile. Mais bien sûr, cette inversion de la tendance, c’est un mauvais signal envoyé à la nouvelle Commission. »

Un mauvais signal malgré tout atténué grâce à… Google! Visé par une enquête pour fraude fiscale aggravée, le géant américain a accepté ce jeudi de verser près de 1 milliard d’euros pour solder l’ensemble de ses contentieux avec le fisc français. Une sacrée bouffée d’air frais qui tombe à pic.

Le Parisien – Économie

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