Avec SOS retraites, les professions libérales font front commun contre la réforme

Avec SOS retraites, les professions libérales font front commun contre la réforme

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Christiane Férhal-Schuhl affiche un large sourire. Une pasionaria, elle? L’idée l’amuse. « Je ne suis pourtant pas une syndicaliste de carrière », assure l’avocate franco-canadienne de 62 ans, présidente du Conseil national des barreaux (CNB), qui est parvenue cet été à fédérer contre le projet de réforme du gouvernement quatorze professions dans un nouveau collectif baptisé SOS retraites.

Mais quel est donc le point commun entre ces pilotes de l’air, avocats, kinésithérapeutes ou podologues qui défileront côte à côte – et en tenue de travail ! – lundi prochain dans un cortège pour le moins hétéroclite, quelques jours avant le rassemblement de Force ouvrière (le 21 septembre) ou encore de la CGT et SUD-Rail (le 24) ?

Les avocats souhaitent conserver le régime par répartition

Leur colère, certes, mais aussi le statut particulier de leur régime de retraite, qui dépend pour chacune de ces professions d’une caisse autonome. « Nous nous sommes organisés dans nos métiers pour gérer notre système de retraite de notre côté et nous avons réussi à mettre en place un édifice qui fonctionne bien. Aujourd’hui, les avocats participent à la solidarité nationale et reversent même près de 100 millions d’euros chaque année au régime général. Nous refusons le projet du gouvernement qui mettrait en péril nos professions, indispensables au fonctionnement de la démocratie », argumente Christiane Férhal-Schuhl, bien déterminée à faire plier le gouvernement.

En clair, les avocats, mobilisés sur les réseaux sociaux depuis des mois, estiment qu’ils vont « payer plus pour avoir moins » et qu’ils seront donc les grands perdants de la réforme. Partisans du maintien du régime par répartition, les « robes noires » affirment qu’avec le système par points ( NDLR : l e projet préconisé dans le rapport Delevoye), leur taux de cotisation retraite devrait presque doubler (passant de 15 % à 28,12 %) et les quelque 70 000 avocats que compte notre pays devraient, par ricochet, voir leur pouvoir d’achat amputé d’autant.

Les pilotes ne veulent pas céder leur cagnotte

« Avec cette réforme, tout est fait pour freiner l’équilibre parfois fragile de certaines professions libérales et accélérer le développement des déserts judiciaires et médicaux partout en France », plaide la présidente du conseil national des barreaux. Remontées à bloc, les professions du collectif « SOS retraites » ont des récriminations différentes.

Ainsi, les pilotes de ligne, les premiers à rejoindre les avocats cet été, ne sont pas fermement opposés au nouveau système universel à points défendu par le gouvernement mais souhaitent pouvoir continuer à partir en retraite à 60 ans et conserver leur caisse complémentaire, la CRPN (caisse de retraite du personnel navigant) ainsi que leur trésor de guerre qui risque de se retrouver « annexé par l’Etat », dénonce Olivier Rigazio, membre du bureau exécutif.

« Avec les compagnies low-cost, sans notre caisse, certains pilotes, hôtesses ou stewards vont se retrouver en difficulté au moment de la retraite », soutient-il.

Quant aux médecins et aux infirmiers libéraux, ils s’inquiètent aussi d’un futur système qui pourrait sérieusement raboter leurs droits. Dans l’attente d’un rendez-vous avec Jean-Paul Delevoye, ces différentes professions préparent désormais leurs banderoles pour lundi prochain. Le gouvernement sait à quoi s’attendre.

Le Parisien – Économie

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