Avec sa nouvelle appli, le gouvernement veut ubériser la formation professionnelle

Avec sa nouvelle appli, le gouvernement veut ubériser la formation professionnelle

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Révolution comme le claironne le gouvernement ou pétard mouillé? L’exécutif inaugure ce jeudi en grande pompe la nouvelle application mobile MonCompteFormation, couplée d’un site Internet moncompteformation.gouv.fr, censés faire décoller la formation professionnelle et permettre de commander une formation aussi facilement qu’une course de taxi.

Qui est concerné ?

Tous les actifs, soit les quelque 27 millions de salariés, fonctionnaires et indépendants, peuvent disposer d’un Compte personnel de formation. L’application, en revanche, s’adresse aux salariés du privé et aux demandeurs d’emploi qui peuvent utiliser leur crédit, même si leur compte n’est pas alimenté pendant leur période de chômage.

Au total, l’exécutif espère former un million de personnes par an, alors que depuis sa création en 2015, seuls deux millions d’actifs ont déjà utilisé leur Compte personnel de formation (CPF). « Bien souvent, la formation était à l’initiative de l’entreprise qui utilisait le CPF comme moyen de financement. Le salarié ne faisait que donner son accord. Désormais, c’est le salarié qui fait la démarche et son entreprise ne peut pas l’empêcher de suivre une formation en dehors de son temps de travail », explique-t-on au ministère du Travail.

Quelles formations sont disponibles ?

Schématiquement, pour être référencée, une formation doit avoir de la valeur sur un CV. 40 000 formations différentes sont proposées sur l’application. Celles en langues et en bureautique sont les plus demandées, mais il est par exemple possible de financer son permis de conduire grâce au CPF. Des formations diplômantes plus longues (CAP, formation continue…) sont, elles aussi, disponibles sur l’application, mais il faudra, le plus souvent, trouver un financement complémentaire car elles sont plus onéreuses.

Les formations disponibles sur l’application doivent être reconnues utiles par les partenaires sociaux et certifiées par un organisme indépendant. Dans les mois à venir, l’appli affichera les évaluations des apprenants qui recevront un questionnaire de satisfaction à remplir à l’issue de leur stage.

Comment demander une formation ?

« Nous nous sommes inspirés d’Airbnb, TripAdvisor ou encore Booking, qui sont très simples », souligne l’exécutif qui regrette la complexité qui rendait illisible l’ancien système. À l’inverse, l’application fonctionne comme un catalogue marchand auquel on accède en renseignant son numéro de Sécurité sociale. À l’aide de mots-clefs, de la géolocalisation ou du prix, il est possible de comparer les différentes offres. « Il y a un objectif de transparence et de mise en concurrence des formations qui les pousse à baisser leur coût », poursuit-on au ministère.

Une fois la formation choisie, une page résume les enjeux et les attendus. Elle est ensuite payable directement avec son solde de CPF et par carte bleue s’il faut compléter. L’organisme de formation dispose de 48 heures pour donner une réponse à l’usager et 30 jours s’il demande des prérequis.

De combien est crédité mon compte ?

Depuis janvier 2019, le Compte personnel de formation (CPF) n’est plus crédité en heures, mais en euros. Les crédits précédemment acquis sont transférés à raison de 15 euros par heure.

Depuis le début de l’année, chaque salarié reçoit 500 euros par année travaillée, même s’il est employé à mi-temps. Les salariés non-qualifiés reçoivent eux 800 euros. Le compte est plafonné à 5 000 euros (8 000 pour les non-qualifiés). Quelqu’un qui n’a pas utilisé son capital formation dispose actuellement 3 240 euros pour un coût moyen de 1 400 euros par formation.

Mon entreprise pourra-t-elle toujours m’aider à financer ma formation ?

Régulièrement, les entreprises utilisent le financement d’une formation comme mesure d’intéressement de leurs employés, un moyen de les garder motivés. C’est aussi une solution pour faire face à la pénurie de compétences dans certains secteurs comme dans le domaine des aides soignants.

Il faudra toutefois attendre la mise à jour de l’application, prévue au printemps, pour que l’abondement de l’entreprise puisse être utilisé par les salariés. En attendant, les entreprises et les salariés peuvent toujours utiliser l’ancien système, certes, très compliqué.

À qui puis-je parler si j’ai besoin de conseils ?

Depuis le 1er janvier 2019, les salariés peuvent faire appel gratuitement à un Conseil en évolution professionnelle. Ce professionnel de l’emploi, dont les coordonnées sont disponibles sur le site, doit apporter un accompagnement personnalisé et informer l’usager des possibilités de reconversion professionnelle. Il peut l’aider dans sa recherche de financement d’une formation, au grand dam des DRH qui se sentent délaissés de leur fonction d’accompagnement.

« Le conseiller en évolution professionnel, c’est avant tout le DRH. L’entreprise a son mot à dire dans les besoins de compétences », estime Benoît Serre, vice-président de l’ANDRH.

Le Parisien – Économie

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