Au Cameroun, les régions anglophones au bord de la faillite

Au Cameroun, les régions anglophones au bord de la faillite

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Le conflit au Cameroun anglophone (3/5). A l’image de la Cameroon Development Corporation, les entreprises et les travailleurs sont durement touchés par la crise politico-sécuritaire.

Par Josiane Kouagheu Publié aujourd’hui à 08h00

Temps de Lecture 7 min.

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Récolte du thé près de Buea, dans la région anglophone du Sud-Ouest, au Cameroun, en avril 2018.

Récolte du thé près de Buea, dans la région anglophone du Sud-Ouest, au Cameroun, en avril 2018. ALEXIS HUGUET / AFP

Des champs de palmiers à huile et d’hévéas, envahis de hautes herbes, s’étendent à perte de vue. A quelques kilomètres, des plantations de bananiers sont à l’abandon. Sur l’asphalte, les voitures roulent à vive allure. « Si on s’arrête, on risque d’être kidnappé ou tué. Il y a des combattants cachés dans la brousse », avertit le chauffeur.

Ces immenses exploitations agricoles qui bordent la route entre Douala et Buea, au Cameroun, appartiennent à la Cameroon Development Corporation (CDC), le second employeur du pays après l’Etat. La crise qui secoue depuis trois ans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest a plongé la plus grande société agro-industrielle du pays au bord de la faillite.

Episode 1 Au Cameroun, le calvaire des déplacés des régions anglophones

Du fait du conflit entre combattants indépendantistes anglophones et forces gouvernementales, près de 530 000 personnes ont pris la fuite, selon les Nations unies, abandonnant maisons, champs, emplois, entreprises… L’économie de ces deux régions, qui vivent en grande majorité de l’agriculture et de l’agro-industrie, a été sérieusement affectée.

Dans un rapport paru en juillet 2018, le Groupement interpatronal du Cameroun (Gicam) estimait déjà le manque à gagner à près de 270 milliards de francs CFA (environ 412 millions d’euros). Actuellement, le principal mouvement patronal du pays met à jour ses données, mais en interne, une source relève d’ores et déjà qu’au cours de la dernière année, « la situation s’est encore sérieusement dégradée ». Selon elle, « la zone est devenue une zone de guerre, un quasi-no man’s land où il est impossible de faire des affaires. »

Seize employés tués

Pour le Gicam, les opérations villes mortes à répétition, les intimidations, les rackets, les enlèvements et les assassinats d’employés et de responsables d’entreprises, ainsi que les attaques ciblées sur des structures parapubliques comme la CDC, détruisent « délibérément » l’économie de cette partie du pays. « Nous sommes pratiquement en faillite », confie-t-on à la CDC. L’entreprise, qui n’a pas fini de comptabiliser ses pertes globales, estime déjà ses pertes matérielles et opérationnelles à près de 50 milliards de francs CFA.

Des usines, des bureaux, des plantations, des véhicules et des camps d’employés de la société ont été détruits par des groupes séparatistes. En avril 2018, la CDC comptait officiellement 20 280 employés. Ils ne sont plus que 6 270 en activité aujourd’hui, travaillant pour la plupart à la direction générale et aux services techniques, commerciaux et médicaux. Les autres sont majoritairement en congé forcé, du fait des violences. Menacés par des groupes sécessionnistes, au moins seize d’entre eux ont été tués. Près de 100 ont été attaqués, certains ont perdu des doigts, une main… D’autres ont été kidnappés avant d’être libérés après paiement de rançons.

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