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Airbnb va reverser 58 millions d’euros de taxe de séjour à 28 000 communes

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C’est un énorme virement à 58 millions d’euros que vient d’ordonner Airbnb à destination de 28 000 communes en France. Ce montant correspond aux taxes de séjour versées par ses hôtes, entre janvier et octobre 2019, pour chaque personne hébergée et chaque nuit réservée sur la plateforme. Pour des raisons techniques, les mois de novembre et de décembre 2019 seront versés aux collectivités au premier trimestre 2020 mais viendront encore grossir ce montant.

Il est d’ores et déjà deux fois plus élevé qu’en 2018 et ses 24 millions d’euros collectés. Dès juillet 2018, le géant américain avait devancé la loi Elan (Évolution du logement, de l’aménagement et du numérique) du 23 novembre 2018 en automatisant sa collecte pour le compte de 23 000 communes.

Auparavant, la taxe de séjour d’une cinquantaine de villes seulement était collectée directement par Airbnb, au grand dam des hôteliers qui dénonçaient une concurrence déloyale. Théoriquement, les particuliers qui louaient leur appartement sur la plateforme devaient collecter la taxe pour leur commune et la reverser, mais le faisaient rarement.

Paris en tête avec 15,3 millions d’euros collectés

« C’était compliqué pour les particuliers alors que pour nous, ce n’est pas une contrainte, se targue Emmanuel Marill, le directeur général France d’Airbnb. Nous le faisions dès 2015 pour deux communes, Paris et Chamonix (Haute-Savoie). Cette année, cela concerne 28 000 communes qui vont ainsi toucher des financements pour leur économie du tourisme. »

Sans surprise, Paris arrive en tête des collectivités ayant reçu les plus importants montants de taxe de séjour de la part d’Airbnb en 2019. Avec 15,3 M€, la capitale se place loin devant Marseille (2,3 M€) et Nice (1,8 M€).

Dans le top 50 des plus gros bénéficiaires, on retrouve aussi des villes moins grandes mais stars du tourisme français comme Deauville et Trouville (Calvados), Chamonix-Mont-Blanc (Haute-Savoie), La Teste-de-Buch à côté de la dune du Pilat (Gironde) ou Serris, aux portes de Disneyland Paris et du Val-d’Europe (Seine-et-Marne).

Airbnb va reverser 58 millions d’euros de taxe de séjour à 28 000 communes

Si le montant a doublé, ce n’est pas seulement en raison de l’automatisation de la collecte de la taxe de séjour. « L’augmentation est liée à celle du nombre de voyageurs sur Airbnb, se félicite Emmanuel Marill. Je n’ai pas encore les chiffres 2019 mais la croissance est à deux chiffres. » En 2018, 16 millions de personnes avaient utilisé Airbnb en France.

Ensuite, dans un contexte de disparition de la taxe d’habitation et de finances locales contraintes, les collectivités locales sont de plus en plus nombreuses à mettre en place la taxe de séjour et ce sont elles désormais qui en fixent le tarif. Pour les hébergements touristiques non classés, le tarif n’est plus un forfait d’au maximum 0,80 % par nuit et par personne. Mais un pourcentage, librement voté par la commune entre 1 % et 5 % du prix de l’hébergement, par nuit et par personne, dans la limite de 2,30 euros.

Vous pouvez consulter le taux choisi par votre collectivité sur le site des impôts. Le département peut également prélever une taxe additionnelle de 10 %. En Ile-de-France, la région a voté, en plus, une taxe « Grand Paris » de 15 %. Tout cumulé, Airbnb aura ainsi collecté 18,7 M€ de taxe de séjour dans la région Ile-de-France.

Les villes de moins de 3 500 habitants vont percevoir 10,5 millions d’euros

Mais « la progression la plus forte entre 2018 et 2019 concerne les villes de moins de 3 500 habitants, constate Airbnb. Le montant de 10,5 millions d’euros est trois fois supérieur à celui de l’an dernier (3,2 M€ en 2018). » La part de ces petites communes passe d’ailleurs de 13 % à 18 % du montant total entre 2018 et 2019.

Morzine-Avoriaz, seule commune du top 50 à compter moins de 3 500 habitants, est sur le point de percevoir 160 000 euros au titre de 2019. « Airbnb collecte la taxe de séjour sur Morzine depuis le printemps 2017. C’était 116 000 euros en 2018 sur notre taxe de séjour totale d’1,3 millions d’euros, calcule-t-on dans la charmante station de sports d’hiver de Haute-Savoie. Nous avons 40 000 lits répartis sur Morzine et Avoriaz. La taxe de séjour nous permet de faire fonctionner nos deux offices de tourisme et contribue aux investissements dans notre parc des sports qui comporte une patinoire et une piscine. »

« Seules 7000 communes en France ont un hôtel, fait valoir Emmanuel Marill. Pour toutes les autres, même les plus petits villages, Airbnb offre la possibilité de ramener de l’argent et des visiteurs. C’est la possibilité de toucher ainsi plusieurs milliers d’euros. C’est significatif. »

« Nous réglons la taxe Gafa de 3 %»

Une façon de redorer son image alors qu’Airbnb est critiqué, à l’instar des Gafa (Google, Apple, Facebook et Amazon), sur le montant dérisoire de ses impôts payés en France? Les montants de 90 000 euros en 2016 et 160 000 euros en 2017 sont régulièrement avancés. « Nous n’avons jamais confirmé ces chiffres et nous ne communiquons pas sur l’impôt sur les sociétés », répète son directeur général France.

Mais Emmanuel Marill rappelle : « Nous réglons la taxe Gafa de 3 %, à laquelle nous n’avons jamais été opposés, nous collectons la TVA, la taxe de séjour et nous permettons à nos hôtes de générer des revenus, qui peuvent être imposés. »

Le Parisien – Économie

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