A qui profite l’externalisation des réseaux télécoms ?

A qui profite l’externalisation des réseaux télécoms ?

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Ces derniers temps, chez les telcos, pas une semaine ne se passe sans que des annonces ne soient faites  sur des initiatives autour de leur infrastructure , visant typiquement à filialiser leurs actifs de fibre optique, data centers ou pylônes, marquant une rupture forte par rapport au mantra historique. D’un modèle d’opérateur intégré, ces telcos évoluent vers des groupes à deux compétences identifiées : d’une part, la compétence autour de l’infrastructure à travers la création de filiales dédiées – ces nouvelles entités offrant indifféremment leurs services à l’opérateur, mais également à ses concurrents ; d’autre part, le reste du groupe, dont le rôle premier devient la commercialisation des offres et le service aux clients finaux.

En France, SFR avait annoncé en 2018 ce type d’opérations  autour de ses pylônes et de ses réseaux de fibre optique dans les zones rurales, et vendu au passage des participations dans ces sociétés à des fonds d’infrastructure. Simple ingénierie financière ? Oui… et non

Oui, car il est incontestable que la montée en puissance des fonds infrastructure a catalysé la réflexion des télécoms. La diminution du nombre d’opportunités d’investissement et les abondantes liquidités disponibles ont créé une pression à la baisse sur leur exigence de rentabilité, et offert une source de financement attractive pour les projets de déploiement de réseaux, moins onéreuse que le coût du capital exigé par les investisseurs en Bourse. Les capitaux de ces investisseurs patients, qui mesurent leur rentabilité sur une longue période, ne sont-ils pas les plus adaptés pour financer des réseaux dont le cycle de vie – de la construction à l’exploitation – dépasse la dizaine d’années ?

Non, car cette cristallisation de la compétence d’opérateur d’infrastructure a également une autre grande vertu : l’obsession de l’efficacité du capital. Exit les déploiements frénétiques sur le territoire. Là où les tours peuvent parfois se succéder les unes aux autres à quelques mètres de distance seulement, la société de pylônes nouvellement créée optimisera la conception des réseaux et rassemblera les antennes de différents opérateurs sur une même tour. Résultat : une source d’économies substantielles, alors même que les besoins en capital pour le déploiement des nouvelles technologies  sont colossaux . Le corollaire de cette efficacité dans le déploiement du capital est implacable : la différenciation entre les opérateurs par le réseau est amenée à disparaître, puisque ceux-ci sont, dès lors, largement mutualisés.

On voit donc que ces opérations d’externalisation amènent à un débat stratégique plus profond : quelle différenciation, et donc quelle relation, ces opérateurs veulent-ils établir avec leurs clients ? Une question cruciale au moment où la concurrence, notamment avec les GAFA,  monte en puissance .

Cette question exacerbée par ces opérations se posait, en réalité, déjà et chaque opérateur a commencé à articuler un certain nombre de réponses : une expérience digitale augmentée autour de la connectivité du foyer, la banque en ligne, le développement d’offres de contenus. Il est trop tôt pour dire si ces orientations stratégiques apporteront sur le long terme les bénéfices économiques et financiers attendus par les actionnaires. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que le consommateur français est aujourd’hui particulièrement gâté, avec des offres tarifaires extrêmement attractives et constamment enrichies de services additionnels.

Damien Anzel est associé EY Corporate Finance.

A la Une – Les Echos Business

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